Procès en appel pour viols incestueux : « Je n’ai rien soupçonné », assure l’ex-compagne

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Au deuxième jour du procès en appel d’un septuagénaire accusé de viols et atteintes sexuelles sur sa fille, sa petite-fille et sa belle-fille, les débats se sont focalisés sur la personnalité de l’accusé, qui continue de nier catégoriquement les faits. Ses proches, notamment son ex-femme et sa compagne actuelle, se sont succédé à la barre. Pour elles, il est toujours difficile de croire en sa culpabilité.

Au premier jour de son procès en appel, l’accusé, un septuagénaire poursuivi pour des viols et atteintes sexuelles sur sa fille, sa petite-fille et sa belle-fille, clamait son innocence, dénonçant un «complot » familial. Ce jeudi, c’est la personnalité du patriarche qui a occupé le centre de l’audience.

À la barre, l’expert psychologue, qui a rencontré Yves* à la maison d’arrêt de Nuutania en 2022, peu après son incarcération, rappelle ses premières observations d’alors. Yves lui avait confié plusieurs souvenirs flous : celui d’avoir été « chatouillé » dans son enfance, lors de soirées alcoolisées chez ses parents – sans en dire davantage – , et celui d’un épisode survenu pendant son service militaire, quand un adjudant lui aurait imposé une fellation. « Je ne sais pas si c’est la réalité ou si j’ai rêvé », avait précisé Yves à l’expert.

L’analyse de ce dernier est sans appel : Yves fait preuve d’un comportement pervers, présente des tendances pédophiles marquées, est agit selon un triptyque mêlant séduction, manipulation et victimisation. L’avocat général interroge alors le psychologue sur la notion de « chasseur » et de « gibier ». « Il parle d’enfants comme des ‘putes’. Quand il parle de proie, ça va dans le sens de la perversion ». « Sur le plan psychologique, le risque de récidive est très fort » , répond il.

Pas d’actes inappropriés, mais de l’ « amour » , selon l’accusé

Interrogé à son tour, Yves revient sur les « chatouilles » évoquées dans son enfance, et ne semble pas y voir matière à reproche. « Quand on fait des bisous sur le zizi, c’est normal. C’est de l’amour. Mes parents me l’ont fait (…). Je l’ai aussi fait à mes fils (…). Mes petites-filles m’adorent. On s’amusait (…). Chaque semaine, elles venaient, avec le sourire », assure-t-il. Selon lui, tout aurait basculé lorsqu’elles ont commencé à fumer du paka.

La fin de matinée est marquée par le témoignage de Sylvie* , qui a été la femme d’Yves pendant 39 ans. Elle prend la défense de son ancien mari. « Je n’ai rien soupçonné de tout ce qui lui est reproché », assure-t-elle. « Elles venaient à la maison, il n’y avait rien de spécial. Les enfants jouaient avec leur papy normalement, elles étaient très gaies. Il n’y avait pas de gestes déplacés (…) Je les avais toujours sous surveillance, elles étaient toujours avec moi », insiste-t-elle.

Concernant d’éventuels appels à l’aide de sa petite-fille, elle est catégorique : « Ce n’est pas possible. Je n’ai jamais vu ma petite-fille pleurer ou être triste ». Elle va plus loin, doutant ouvertement des accusations : « Est-ce que ça s’est vraiment passé ? », s’interroge-t-elle à voix haute.

Elle explique que le couple faisait chambre à part, son mari préférant dormir dans une pièce climatisée. Les filles dormaient avec elle, dit-elle, parce qu’on l’avait éduquée à « faire attention aux petites filles ».

Leur relation était loin d’être idyllique. Sylvie décrit un homme « macho » et « infidèle ». « Je ne voyais jamais rien. Sûrement à cause de ma naïveté (…). Il n’aime pas que les femmes prennent leur envol, peut-être », commente-t-elle. Raison pour laquelle elle quitte le domicile en 2015. Elle finit par confier à la cour que « quitter (son) ex-mari a été une résurrection (…). Je pense qu’il avait une forme d’emprise ».

« Je ne veux pas le croire »

Autre témoignage, celui d’Una*, la compagne actuelle d’Yves. Elle aussi le défend. « Avec moi, ce n’est pas l’homme qu’on décrit. Il m’a toujours respectée » , affirme-t-elle. Pourquoi croire davantage la version de son compagnon que celle des jeunes femmes ? Elle vacille : « Je ne sais pas, je ne sais pas quoi croire aujourd’hui. J’en viens parfois à douter ».

L’avocat général hausse le ton : « La réalité, vous l’avez découverte lors du premier procès en avril 2025. Vous ne pouvez pas faire croire à la cour que vous découvrez les choses aujourd’hui », lance-t-il. « Je ne veux pas le croire. Aurait-il vraiment fait ça ? Je ne peux pas le croire », conclut-elle.

La cour donnera son verdict demain, après les plaidoiries des avocats des parties civiles, les réquisitions de l’avocat général, et la plaidoirie de la défense.

*Les prénoms ont été modifiés

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