Y aura-t-il un procès, près de trois décennies après la disparition de JPK ? Suicide, meurtre politique, crime passionnel… toutes les pistes ont été étudiées, mais l’affaire n’a jamais été jugée.
La famille Couraud ne croit plus au suicide, la première thèse admise… jusqu’aux révélations de Vetea Guilloux, un membre de l’ex-GIP, la puissante milice de Gaston Flosse, affectée à toute sorte de travaux et dirigée par le fantasque Rere Puputauki.
En 2004, Vetea Guilloux affirme avoir entendu deux collègues du GIP, Tino Mara et Tutu Manate, lui raconter l’enlèvement de JPK, son passage à tabac et son immersion au large. L’affaire fait grand bruit, jusqu’à l’Assemblée. Hiro Tefaarere, alors représentant, clame qu’il « entend des voix du fond de l’océan ».
A la barre, jugé pour diffamation, le frêle Vetea Guilloux se rétracte… dans une ambiance particulière. Au fond de la salle d’audience, les gros bras du GIP, debout, adossés contre le mur, lunettes noires et bras croisés, le regardent fixement. Parmi eux, Tutu Manate et Tino Mara.
« Je n’ai pas vu quelqu’un interrogé comme ça en 40 ans de métier » se souvient l’avocat de la famille Couraud, Me James Lau. Selon lui, Vetea Guilloux a maintenu ses premières affirmations, lors d’auditions ultérieures.
Faisceau d’indices en faveur du meurtre
Quelques années plus tard, des écoutes téléphoniques des membres du GIP paraîtront accréditer la thèse de cet enlèvement. Un vice de forme ne permet plus d’exploiter ces écoutes. D’autres rebondissements viennent étayer cette piste. Parmi les plus surprenantes, une lettre signée de Vetea Cadousteau remise par Georges Pater à Gaston Flosse. Dans cette lettre, retrouvée lors d’une perquisition chez Gaston Flosse, Vetea Cadousteau, lui aussi ancien GIP, décrit l’enlèvement et la mort de JPK. Vetea Cadousteau ne pourra pas témoigner : son cadavre a été retrouvé en montagne.
Une autre piste surgit en 2019 : celle d’un meurtre organisé par la compagne de JPK, Miri Tatarata, qui avait un amant, Francis Stein. Ou, du moins, une participation à ce crime. Leur comportement le soir de la disparition, mais aussi les changements de version de Miri Tatarata au fil de ses déclarations, alimentent cette thèse.

La Justice n’a pas encore tranché, puisque tous sont mis en examen : côté GIP, le chef Rere Puputauki et un exécutant présumé, Tutu Manate, le sont pour « enlèvement et séquestration (…) suivis de la mort de la victime, faits commis en bande organisée » (Tino Mara, lui, est décédé) ; côté ‘sentimental’, Miri Tatarata et Francis Stein le sont pour avoir « volontairement donné la mort » à Jean-Pascal Couraud.
Toutes ces personnes restent présumées innocentes. Leur mise en examen signifie simplement qu’il existe des indices graves et concordants à leur encontre.
Gaston Flosse, lui, n’est pas mis en examen. Il a été auditionné par deux fois. En 2025, son état de santé ne permet pas de terminer l’audition. Lors de l’interrogatoire du 30 juin dernier (TNTV a pu se procurer les procès-verbaux d’audition) il oscille entre le manque de mémoire et la contestation des faits, dont certains sont pourtant établis par l’enquête.
Gaston Flosse, entre déni et pertes de mémoire
Il affirme par exemple de pas connaître Georges Pater et ne jamais avoir eu sa lettre à son domicile. Il nie aussi avoir fait surveiller Jean-Pascal Couraud par le SED. « C’est faux, je n’ai jamais parlé de cette histoire-là. Je ne me rappelle pas. Je n’ai jamais donné d’ordre pour surveiller Jean-Pascal Couraud » affirme Gaston Flosse en audition.
Après 29 ans de rebondissements dans cette affaire, l’avis de fin d’information est néanmoins un tournant dans cette enquête. En théorie, le parquet dispose désormais de trois mois pour présenter ses réquisitions.
« Un avis de fin d’information, c’est quand le juge d’instruction en charge de l’affaire considère qu’il a terminé les investigations et transmet le dossier au parquet. Le parquet peut prendre des réquisitions de renvoi, de non-lieu s’il n’y a pas suffisamment de charges, ou de réquisitoire supplétif pour réaliser d’autres investigations » a déclaré à TNTV la procureure Solène Belaouar. Ces réquisitions devraient être présentées dans quelques mois, et la juge d’instruction peut choisir de les suivre… ou pas. Quelles que seront ses décisions, elles seront susceptibles d’appel… ce qui pourrait encore repousser un procès que la famille attend… depuis 1997.



