Un homme de 48 ans comparaissait ce mardi devant le tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle sur une mineure de moins de 15 ans, en l’occurrence sa « nièce », début 2017, à Faaa.
La victime, âgée de 7 ans au moment des faits et scolarisée en CE1, vivait alors en partie dans la maison familiale où résidait le prévenu. Sa mère accaparée par le travail, celui-ci était amené à la garder régulièrement.
Les faits n’ont été révélés plusieurs années plus tard, dans la nuit du 7 au 8 août 2021. Âgée de 11 ans, elle se confie à sa grande sœur, lui montrant deux notes rédigées sur son téléphone, faisant état de divers plusieurs atteintes de son oncle : des douches prises ensemble, le fait qu’il dorme avec elle ou encore qu’il la suive jusqu’à l’école. Il lui demandait de la masser « au niveau du dos » dans la chambre, où il la faisait parfois dormir avec lui. Il l’aurait « plaquée » contre la paroi de la douche et l’aurait forcée à le savonner et l’embrasser. Des faits qui, indique-t-elle, auraient duré plusieurs semaines.
À la barre, le prévenu ne conteste pas cette version. Il évoque une prise de conscience progressive de sa pédophilie. « J’ai compris que j’avais une attirance pour les enfants. Avant (…) je ne savais pas ce que j’étais. Suite à l’expertise, j’ai eu une révélation. Pendant mon suivi, j’ai vu l’attirance que j’avais pour les enfants, et j’ai cherché à comprendre pourquoi j’étais dans cet état (…) Je savais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas ».
Il indique être suivi à un rythme bimensuel par une psychologue, et chercher à comprendre pourquoi il a « arrêté de grandir » à un moment. Pendant longtemps, il ne voyait pas de problème à être « toujours à la table des enfants« . Aujourd’hui, il assure se sentir « bien avec les adultes » et déclare : « Quand vous êtes pédophile, c’est comme une prison (…) Je sais que j’ai fait du mal (…). J’ai été le prédateur.«
Les « garde-fous » de l’ancien instituteur
Le prévenu, qui a été instituteur, affirme ne jamais être passé à l’acte dans ce cadre grâce à des « garde-fou » qui lui auraient permis de « ne pas franchir la limite » : le fait d’avoir été en couple à cette période et d’élever un enfant, malgré un « décalage » avec sa compagne. Ils ont divorcé depuis.
Soumis à une expertise psychiatrique, l’homme décrit une enfance « heureuse » malgré un père « violent, haineux » et une mère « soumise » . Il évoque des « pulsions » découvertes au début du lycée. L’expert l’estime « réadaptable » sous réserve d’un suivi rigoureux.
L’avocat de la victime, Me Christophe Rousseau-Wiart n’est pas de cet avis. Il estime que les faits ont été « préparés » , et des « pressions » exercées par l’homme pour que la mère et la nièce s’installent chez lui. Pire, il revient sur une autre déclaration, celle d’une amie de la grande soeur. Selon cette dernière, invitée à une soirée chez l’oncle avec d’autres adolescentes, il existerait une vidéo montrant une relation sexuelle entre lui et la grande soeur, qui avait alors moins de 15 ans. Des faits présumés pour lesquels il n’est pas jugé ce mardi, mais qui alourdissent son dossier. « Ce sont des faits de viols » , lance Me Rousseau-Wiart. Quant à la victime, conclut-il, les faits « seront toujours avec elle« .
Lucidité « déconcertante »
« Ce n’est pas tous les jours qu’on a au tribunal une personne différente de celle qu’on a dans le dossier (…). Il était dans le déni complet, une forme de cynisme (…). Il s’en prend à une petite très jeune, presque un bébé (…). Aujourd’hui, il se présente avec une lucidité déconcertante » , commente la procureure. « J’ai rarement entendu un sacré pédophile admettre à ce point ses torts » , poursuit-elle, requérant une peine de quatre ans d’emprisonnement, dont trois assortis d’un sursis probatoire sur deux ans.
L’avocat de la défense, Me Hellec, insiste sur l’évolution de son client : « Le déni, c’est la même chose que pour un alcoolique. Si personne ne lui met le problème sous le nez, il ne reconnaîtra jamais le problème » , plaide-t-il. Puis, il met en avant le changement opéré par son client depuis sa « prise de conscience » : « Vous avez quelqu’un qui a fait son travail (…). Lui, il a compris » , conclut le conseil.
« Je demande pardon pour ce monstre que j’ai été » , conclut le quadragénaire. Il a finalement été condamné à cinq ans de prison, une peine assortie d’un sursis probatoire pendant deux ans. Il sera inscrit au FIJAIS, interdit d’exercer une profession avec des mineurs, devra verser 500 000 francs à la victime, et poursuivre ses soins.



