Corruption passive et blanchiment aggravé. Les soupçons sont graves, mais l’affaire ne sera pas jugée. TNTV a pu consulter les éléments de l’enquête.
Les faits reprochés à l’ancien consul honoraire des Etats-Unis remontent déjà à 10 ans, pour les plus anciens. Entre 2016 et 2019, il aurait, selon plusieurs témoins, abusé de son autorité consulaire.
Son principal accusateur est H., qui dépose plainte le 1er juillet 2019 (d’abord à la Section de recherches de la gendarmerie, un dossier ensuite transféré à la Police). Depuis 2016, cet homme d’affaire ne parvient pas à valider son visa ESTA, qui a expiré avant la date prévue. Il ne comprend pas pourquoi, d’autant plus qu’il n’a jamais été condamné, ni en France ni aux Etats-Unis. Selon H., le consul est fâché contre lui et a bloqué son ESTA, à l’initiative d’un autre homme (par ailleurs trafiquant d’ice), cité dans la procédure.
H. en parle à son avocat, également conseil de M. Kozely, qui organise selon lui un repas au restaurant en février 2019, en présence de quatre hommes : M. Kozely, H., l’avocat et un ami commun. Lors de ce repas, Christopher Kozely aurait demandé 100 000 dollars pour débloquer le visa. Contacté par TNTV, l’ex-consul nie cette accusation, en expliquant qu’« un agent consulaire ne peut qu’aider les citoyens américains, il n’a pas de pouvoir sur les visas ».
L’avocat étant lié par le secret qu’il doit à ses deux clients désormais adversaires, il ne souhaite pas s’exprimer sur cette affaire.
En juillet 2019, suite au témoignage d’H., le parquet lance deux enquêtes : l’une pour corruption, l’autre pour blanchiment aggravé.
Dysfonctionnements au cours de l’enquête
Plusieurs dysfonctionnements émaillent ce dossier. D’anciennes procédures pénales contre M. Kozely, classées sans suite, sont recherchées par le parquet mais se sont volatilisées : le parquet a conservé leurs traces et a tenté de les retrouver, mais elles ont disparu. L’affaire du visa, elle, piétine plus d’un an au parquet en 2024, égarée par des problèmes de communication. Et l’enquête de 2019, elle aussi, disparaît des tiroirs de la DTPN en 2025. Une succession de dysfonctionnements qui interrogent. Six ans plus tard, il faut donc réauditionner H. : il répète son témoignage, que TNTV s’est procuré.
Un autre témoin s’étonne d’avoir dû donner, via un intermédiaire et sans reçu, 270 dollars en liquide au consul après la perte d’un passeport, pour obtenir un document qui se révèlera inutile.
Les enquêteurs relèvent aussi que M. Kozely était proche de magistrats influents au tribunal.
Il refuse d’être auditionné, en invoquant son immunité consulaire. « Toute représentation diplomatique est exempte de comparution devant le tribunal » explique-t-il à TNTV. En avril 2026, le ministère des Affaires étrangères français écrit à la DTPN que M. Kozely « bénéficie en France des privilèges et immunités prévus par la convention consulaire entre la France et les Etats-Unis d’Amérique » et qu’il « bénéficie donc de l’immunité de juridiction pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions consulaires ».
« Il appartient au juge saisi de l’affaire de déterminer si les faits reprochés à M. Kozely relèvent ou non d’actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions d’agent consulaire honoraire » conclut ce courrier.
Les Etats-Unis ont fermé leur agence consulaire en avril 2025, sans en expliquer les raisons, mais cela a aussi été le cas dans d’autres territoires. « Ils veulent rouvrir l’agence consulaire mais le budget n’est toujours pas voté » a expliqué M. Kozely. Il n’a donc, pour le moment, pas été remplacé.



