7 ans de prison ferme pour un couple de tortionnaires qui martyrisait son fils de 3 ans

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Nouveau drame de la maltraitance infantile. Un jeune couple a été condamné, ce mardi par le tribunal correctionnel de Papeete, à 7 ans de prison ferme pour des violences habituelles sur son fils de 3 ans, mais aussi pour privation de soins et de nourriture. Le petit garçon était régulièrement martyrisé par ses parents et par ses jeunes cousins, des scènes terribles parfois filmées par les prévenus. La petite victime avait été sauvée par son grand-père qui l’avait retrouvée affamée, couverte d’ecchymoses et baignant dans son urine et son vomi.

Une semaine jour pour jour après la condamnation d’un père et d’une mère pour de graves sévices infligés à leur bébé de 4 mois, une affaire sordide du même ordre a occupé l’audience du tribunal correctionnel, ce mardi.

A la barre : un couple de 21 ans. Leur fils avait été confié dès sa naissance aux grands-parents paternels car sa mère ne le désirait pas. “Je n’arrivais pas à ressentir quoi que ce soit pour lui. Et ça a empiré quand il est né”, a-t-elle confié sur un ton glacial.

3 ans plus tard, elle a accouché d’un autre garçon, d’un père diffèrent. Un enfant qu’elle a “appris à aimer” et qui lui a fait “découvrir la maternité”.  Une infirmière lui a alors conseillé de récupérer son aîné.

En mars 2025, le couple a donc déboulé avec les gendarmes chez les grands-parents. Et en est reparti avec le petit garçon de 3 ans. Il a résidé chez ses géniteurs à peine 4 mois. 4 mois d’un véritable enfer.

Au mois de juin, une connaissance a en effet contacté le grand-père pour l’informer qu’il venait de croiser le couple et ses enfants sur le parking d’une grande surface. Selon ses dires, le garçon présentait “de nombreuses blessures et ecchymoses” sur tout le corps : “Il était tout maigre et terrifié. Je l’ai vu dans son regard (…) Sa mère disait qu’il était bête, attardé”.  Le père a même tenté de dissimuler le petit sous une couverture pour tromper ce témoin gênant.

Très inquiet, le grand-père s’est rendu dans la foulée chez le couple qui habite un petit cabanon à Punaauia. La suite, il l’a raconté : “Le petit dormait sur une tôle. Il était sale et apeuré. Il sentait le pipi et le vomi”.

L’enfant a immédiatement été conduit au CHPF, où les médecins ont découvert de multiples lésions traumatiques, dont certaines dissimulées sous du fond de teint, mais aussi des fractures aux bras, des plaies au visage et des infections purulentes non soignées. Ils ont également diagnostiqué un “grand retard de développement psychomoteur”.

Les témoignages et les preuves matérielles recueillis au cours de l’enquête font aussi froid dans le dos. Les cousins de la petite victime, âgés de 8 et 10 ans, étaient ainsi encouragés par le couple à battre l’enfant.

Des vidéos et photos, filmées par les parents, ont été retrouvées par les gendarmes. Le souffre-douleur recevait coup de pied, jet de biberon, doigts dans les yeux et était tiré par les cheveux. Pour l’accusation, les images avaient pour but de dédouaner les parents en cas de suspicions de maltraitance.

Tous les 2, ils me disaient : ‘tapes avec ta main’. On m’a forcé. On m’a crié dessus pour que je le fasse. Tatie m’a crié : ‘tires-lui les cheveux’. Il a pleuré. Il avait mal. Elle lui tapait aussi le dos avec le fil du chargeur de son téléphone”, a témoigné l’un des enfants.

Je n’ai pas incité mon neveu et ma nièce à frapper. Mais c’est vrai que j’ai laissé faire”, s’est défendue la mère, toujours sans laisser paraitre la moindre émotion.

“Avant, il était plein de vie, câlin”. 

Le petit ne mangeait pas non plus à sa faim. “Elle le privait de nourriture par rapport à son frère qui pouvait manger ce qu’il voulait”, a relaté la propre sœur de la prévenue. Et celle-ci de poursuivre : “Dès qu’il voyait ses parents, il ne bougeait plus et ne parlait plus. Elle était très méchante. Elle l’appelait ‘eure’ plutôt que par son prénom. Avant, il était plein de vie, câlin”. 

Autre épisode sordide : une tentative d’étouffement par le père, après que sa compagne a menacé de le quitter. “Il a posé sa main sur sa bouche et son nez. Après, il lui a donné des claques car il était inanimé. On a cru qu’il était mort”, s’est souvenue la mère qui n’avait pas tenté d’arrêter son conjoint.

Une femme dépeinte par les psychiatres comme souffrant d’un “trouble majeur de l’attachement”, incapable “d’autocritique”, et présentant de ce fait une “dangerosité criminalistique”.

“Je sais que j’ai une personnalité assez complexe”, a lancé la jeune mère qui n’a reconnu que du bout des lèvres quelques tapes sur les mains de son fils. Les sévices ? Elle en a renvoyé la responsabilité au père de l’enfant. Rôle que l’homme, qui s’est dit très amoureux de sa compagne, a endossé sans broncher :  “Je le tapais car cela n’allait pas. Quand je suis énervé, je ne me contrôle pas”.

Pour être franc, je ne vous crois pas. Je pense que vous portez un chapeau un peu trop grand”, lui a répondu le procureur Michel Mazars, peu convaincu par ces très brèves explications dédouanant la mère.

Dans ses réquisitions, il n’a d’ailleurs pas fait de distinguo entre les 2 parents qui lui faisaient face, demandant 7 ans de prison ferme pour chacun d’eux et le retrait de leur autorité parentale.

Une lourde peine à la mesure de “l’enjeu majeur de la protection de l’enfance” en Polynésie. Cette affaire avait débuté 15 jours à peine après le tragique décès de la petite Ayden, a rappelé le magistrat.

Le tribunal s’est rangé à l’avis du représentant du ministère public en prononçant les peines requises. Outre 7 ans de prison ferme, le couple s’est vu retirer son autorité parentale. Le tribunal a également prononcé à son encontre une interdiction définitive d’exercer toute activité en contact habituel avec des mineurs.

Placé en détention provisoire depuis le début de l’affaire, le couple tortionnaire a été reconduit derrière les barreaux à l’issue de l’audience.

Aujourd’hui, leur petit garçon vit de nouveau chez ses grands parents mais les graves traumatismes physiques et psychologiques qu’il a endurés pourraient avoir de lourdes conséquences sur son développement.

Il a un retard neurocomportemental. Il est pris en charge. Mais le psychologue a émis des réserves sur son évolution. Il pourrait conserver des séquelles à vie à cause des ces maltraitances, du défaut de soins et affectif. Il pourrait ne jamais complètement s’en remettre”, a soufflé l’avocate de la petite victime, Me Karina Chouini.

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