Ils ont perdu parfois plusieurs milliers de Fcfp. Des Polynésiens sont passés de l’excitation d’un revenu facile à la déception, en quelques semaines.
Dans le courant de l’année dernière, NT GLobal Hotel (société déjà soupçonnée d’arnaque en Nouvelle-Calédonie) prend contact avec des résidents du fenua. Une approche via les réseaux sociaux, par TikTok notamment. L’entreprise américaine promet à ses adhérents des revenus simples, au clic. Pour cela, il suffit de s’inscrire pour accéder à une plateforme sur laquelle on trouve les logos de Airbnb, Trip.com et autres géants du tourisme. NT Global se dit même partenaire de Xpedia et Booking.com.
L’inscription est bien sûr payante, en USDT, un stablecoin adossé au dollar américain, mais NT Global l’assure, cet argent sera vite remboursé par les gains. Le Tiers 1, premier palier, est accessible pour 150 USDT soit un peu plus de 15 000 Fcfp. Le revenu mensuel promis à ce stade est de 144 USDT soit un peu plus de 14 000 Fcfp. Au Tiers 1, il faut cliquer 6 fois sur des annonces, au Tiers 2, 12 fois, etc. Il est possible de retirer ses gains ou de les laisser sur la plateforme pour les faire « fructifier ».

Cela a tout d’une arnaque à la tâche. Mais certains y vont quand même, plus ou moins consciemment : « C’est une cousine proche qui a posté une vidéo sur TikTok et du coup, je lui ai demandé des informations, raconte une adhérente. Elle m’a dit que depuis septembre, elle était dans NT Global, qu’elle est entrée en donnant une caution d’environ 15 000 Fcfp. Et qu’en décembre, elle a réussi à accumuler environ 50 000 Fcfp qu’elle a pu retirer quand elle était en vacances. Elle m’a montré que ça marchait. Donc, comme c’est une personne proche de moi, je me suis dit, OK, on va tenter. On savait que c’était quelque chose de pyramidal et qu’à un moment donné, ça allait tomber, ça allait se finir. » Elle et son compagnon déboursent tout de même 50 000 Fcfp chacun pour intégrer NT Global Hotel…
La plateforme se veut rassurante, et le coût de plus en plus élevé de la vie pousse beaucoup à fermer les yeux sur les détails… Après tout, NT Global Hotel possède un site Internet, une licence commerciale et un KBIS. La société est même officiellement représentée au fenua ! Sa « représentante fiscale », une Polynésienne, possède une « accréditation en qualité de représentant fiscal », obtenue a priori, auprès de la direction des Impôts et contributions (DICP). « NT Global « Global Hotel revenu platform » et « NT Global Human Ressources » apparaissent bien sur le site de l’ISPF.

Incohérences flagrantes…
Tout cela a de quoi, en surface du moins, rassurer les adhérents. Mais à y regarder de plus près, les patentes apparaissant sur le site internet de l’ISPF n’appartiennent pas à la représentante fiscale de l’entreprise, mais à un certain « Paul » qui déclare tout un tas d’activités… Sans aucun rapport avec les supposées activités de NT Global : « activités de poste et de courrier », location de matériel ou encore « location de vidéocassettes et disques audio »… D’après nos informations, le titulaire de ces patentes serait un membre local de NT Global, appâté via les réseaux sociaux, comme les autres.

Par ailleurs, l’URL du site de NT Global Hotel est pour le moins étrange « https://nt2023.lol/ » Un « .lol » peu commun. Le « .lol », peut être acheté par n’importe qui et faire référence à l’acronyme de Lot Of Laughing. Sauf qu’ici, la blague n’est pas très drôle.
Le domaine NTGlobal.com appartient déjà à une entreprise qui opère… dans le solaire. Rien à voir donc avec le type de plateforme présentée.
NT Global Hotel ne propose aucun service dans l’hôtellerie et se présente comme une filiale de NT Global Human Resources (entreprise créée l’année dernière) dont l’adresse renvoie vers des bureaux partagés à New York, alors que le numéro de téléphone est au Texas. Sur leur site internet, la photo de Sarah Johnson présenté comme « hotel manager » provient d’une banque d’images… En bref, rien de cohérent.

Mais l’offre est alléchante : plus on monte de paliers dans l’entreprise, plus on est censé gagner d’argent… même si les droits d’entrée sont chers. En quelques jours, NT annonce qu’il n’y a plus de place au Tiers 1. Il faut donc s’inscrire directement aux suivants. Et à partir du Tiers 3, bien sûr, il est nécessaire de recruter…
La société assure que les gains peuvent être retirés à n’importe quel moment, du lundi au vendredi.« Nous, on a pu entrer au niveau 2, au tiers 2. Pour accéder au niveau 3, il fallait parrainer 5 personnes et faire un dépôt de 1 500 USDT, à peu près 150 000 Fcfp », raconte le couple d’anciens adhérents, que nous avons interrogé.


Le 31 janvier dernier, NT Global Hotel organise un événement à Paea et attire plusieurs centaines de personnes… La plateforme est présentée, des cadeaux sont offerts, comme des produits de première nécessité : du riz, ou encore de l’huile… mais aussi de l’électro-ménager, des téléphones et écouteurs. Le tout financé par « NT Global Hotel ».
C’est suite à cette « conférence », que tout semble vaciller. Les organisateurs annoncent que l’événement n’a pas été aussi concluant qu’attendu. « Du jour au lendemain, (…) les gens pouvaient passer directement à tous les niveaux qu’ils voulaient. Le seul critère, c’était juste d’avoir les fonds qui étaient dans le tableau, les fonds nécessaires du tableau. »
Mais surtout, à partir de ce moment, il devient impossible pour les adhérents de récupérer l’argent investi. La société assure que le problème sera bientôt réglé. Dans le groupe Telegram de NT Global, le ton monte. Certains sont exclus : « Mon conjoint a été banni des groupes parce qu’il a osé dire qu’on se faisait arnaquer. Moi, aussi, j’ai été bannie. Il y a un contrat qu’ils nous font signer où il est stipulé que les fonds qu’on met pour accéder à la plateforme peuvent nous être rendus si on décide de démissionner à tout moment. Donc moi, j’ai dit dans le groupe devant tout le monde, écoutez, moi je veux démissionner et je veux mon retrait (…). Et du coup, beaucoup de membres ont vu ma demande de démission. Ils n’ont pas aimé. »
Une semaine après, c’est le clap de fin : NT Global Hotel annonce sa liquidation… Et attention, cerise sur le gâteau, pour récupérer les sommes investies, il est demandé aux « employés » de payer une « amende ».

Là, la représentante locale intervient dans la conversation de groupe et déconseille à tous de payer quoi que ce soit de plus : « Je tiens à m’excuser auprès de vous tous. Je suis vraiment déçue, énervée, dégoutée ». Elle a porté plainte. Une enquête est en cours. Elle souhaite désormais que justice soit faite.
Selon nos informations, tout comme les autres adhérents locaux, la représentante avait été contactée via les réseaux sociaux, Facebook dans son cas, après avoir cliqué sur une simple publicité apparue dans son fil d’actualité. Une certaine « Emily » lui aurait montré des documents attestant que l’entreprise était en règle. C’est cette Emily qui aurait dicté chacune des actions menées à Tahiti. Notamment l’ouverture d’un bureau à Papeete, en plein centre-ville. Mais pour ouvrir ce bureau, la représentante a dû fournir plusieurs documents, donc celui prouvant qu’elle est liée à NT Global.
Contactée, la directrice de la DICP précise que l’accréditation de représentation fiscale est un simple accord entre deux entités. Un formulaire est d’ailleurs disponible en ligne sur le site de la DICP. L’institution n’intervient pas pour vérifier l’identité et les activités de chaque partie. La DGAE en revanche peut intervenir a posteriori.



