Le drame avait profondément marqué Bora Bora. Dimanche 8 mars, dans le district de Amanahune, un père et son fils avaient été aspergés d’essence puis immolés par un individu présenté comme leur voisin, à la suite d’une dispute.
Grièvement brûlés, les deux hommes avaient été évacués vers le CHPF. Le jeune homme, Heiava, avait ensuite été évasané vers la France pour recevoir des soins. Selon Sylvana Estall, proche de la famille et vice-présidente du Conseil des femmes de la Polynésie française, il est finalement décédé des suites de ses blessures. Son père reste, lui, hospitalisé dans un état critique au Taaone. « Le papa qui a été brûlé avait 5 garçons : celui qui est mort, et je m’occupe des autres parce que la maman est à Tahiti. J’ai récupéré deux petits jumeaux d’à peine trois ans, un de douze ans et un grand » précise l’un des oncles du défunt.
L’émotion demeure particulièrement forte dans l’île, où le jeune homme était bien connu.
« Le choc est toujours intense… Tout le monde le connaissait bien. C’est un jeune qui sera gravé dans notre esprit. Toujours serviable à aider tout le monde, sans demander en retour » confie Sylvana Estall.
« Nos maisons sont côte à côte, on a toujours vécu ensemble, on est tous famille dans ce quartier. (…) C’était un beau garçon d’1,90m, beau et gentil, adoré par tout le monde. Il a été brûlé sur tout le corps. C’est une erreur de l’avoir déplacé, c’est ça qui l’a tué, il n’a pas supporté le voyage » estime l’oncle.

Dans la nuit qui a suivi l’annonce du décès, des tensions ont également été signalées dans le quartier. Selon Sylvana Estall, le bateau de l’auteur présumé des faits aurait été incendié ce samedi vers 1 heure du matin. Elle appelle désormais à l’apaisement : « Aujourd’hui, on est sous le choc, mais on laisse la justice faire le travail. Ce que la famille du jeune m’a demandé ce matin, c’est de calmer les esprits parce qu’il y a eu encore un autre souci. Le bateau de l’auteur a été brûlé… Alors je demande bien sûr à toutes les autorités, à toutes les familles, à tous les confessements, de se mettre à genoux, de prier pour que l’on puisse retrouver la paix. »
« Si le mec revient, il repart dans une boîte »
L’oncle appelle également au calme : « Les jeunes d’ici, ils ne vont pas arrêter. À la messe ce soir, on va lancer un appel au calme. (…) On a peur de la réaction des jeunes, on ne sait pas qui a brûlé le bateau. (…) Si le mec revient, il repart dans une boîte. Tout le quartier détestait ce voisin. En 2015, on est passés au tribunal parce qu’il avait mis de l’essence sur la route et attendait que je revienne avec mes enfants pour mettre le feu sur la route. Et malgré ça il n’avait pas été condamné. Il s’est aussi battu avec un couteau contre un autre cousin, la justice n’a rien fait non plus » déplore-t-il.
Pour la vice-présidente du Conseil des femmes, cette tragédie souligne aussi la nécessité de renforcer la médiation dans certains quartiers afin d’éviter l’escalade de violences : « Je pense que c’est un drame de quartier qui existe de plus en plus. Pas simplement ici, dans les autres quartiers, dans les autres îles. Il faudrait certainement mettre en place des médiateurs pour activer, pour déjà désamorcer les violences des quartiers. On sait que la gendarmerie fait son travail, les mutoi font leur travail aussi. Mais si on peut déjà être sur place, mettre en place, c’est une solution. (…) Nous avons peur dans notre quartier aussi, parce qu’on a affaire à un phénomène. En plus, ce sont des voisins, on se connaît tous. »
Après le drame survenu dimanche dernier, l’auteur présumé des faits avait été appréhendé par les gendarmes pour être placé en garde à vue. Il serait depuis, placé en détention provisoire sur Tahiti.



