Un rapport parlementaire plaide pour la création d’un Institut Océan de l’ONU à Brest et en Polynésie

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Les députés Pierre-Yves Cadalen (Finistère, LFI) et Mereana Reid Arbelot (Polynésie, GDR) ont présenté, ce mercredi à l’Assemblée nationale, un rapport plaidant la création d’un Institut Océan de l’Université de l’ONU à Brest, avec une « unité implantée » en Polynésie française. Le président du gouvernement polynésien Moetai Brotherson, présent à cette conférence de presse, a soutenu le projet. Un article de notre partenaire Outremers360.

Ce rapport fait suite à une résolution adoptée en avril à l’Assemblée nationale et demandant la création d’un Institut Océan de l’ONU en France. Pour l’heure, l’Université des Nations Unies (UNU) compte une dizaine d’instituts dans le monde, portés sur des domaines différents. 

Basée au Japon, l’UNU est la branche universitaire de l’ONU consacrée à la recherche, « pour résoudre les problèmes mondiaux urgents tels que la survie, le développement et le bien-être humain, auxquels l’ONU et ses États membres accordent une attention particulière ». Pour l’heure, aucun des Instituts existants ne porte sur l’océan et aucun n’est basé en France ou dans le Pacifique.

Pour justifier la création d’un tel Institut, à la fois à Brest et en Polynésie, Pierre-Yves Cadalen souligne « le contexte absolument désastreux dans lequel est placé le multilatéralisme onusien qui subit beaucoup d’attaques, mais également la science elle-même, et notamment la science lorsqu’il est question d’environnement ».

« Cet Institut vise à la fois à produire de la science, à former scientifiquement des personnes, notamment venues des pays en développement dans une perspective de coopération nord-sud (…) et, bien entendu, à défendre le droit international et le multilatéralisme en lui-même », a-t-il ajouté. « Ce double objectif de l’Institut répond à la double crise que traversent aujourd’hui les institutions internationales et le monde ».

Pour le député du Finistère, l’Institut répond aussi aux ambitions de l’État sur la préservation des océans et à la déclaration finale du Sommeil de Nice de juin dernier, qui appelle à un « renforcement de la coopération scientifique dans laquelle la France est supposée s’engager ».

La création d’un tel Institut représentera, toujours selon le député, un investissement de 42 millions d’euros, « entre l’Institut à Brest et l’unité polynésienne », « pour un projet qui a une durée de vie d’au moins 50 ans, c’est-à-dire moins d’un million d’euros par an, ce qui, à l’échelle du budget de la France, est évidemment très faible ».

« Les 42 millions sont l’investissement de base qui est placé dans un fonds de capital de l’Université des Nations unies, lequel fonds, par ses intérêts, finance le fonctionnement de l’Institut » a précisé Pierre-Yves Cadalen. « Ensuite, des investissements supplémentaires sont générés par la réponse des chercheurs à des appels à projets ».

« Nous avons une opportunité historique d’accueillir en Polynésie française une unité opérationnelle de l’Université des Nations Unies dédiée à la gouvernance de l’Océan et faire de notre territoire un point d’ancrage stratégique pour l’action internationale » a abondé la députée de Polynésie Mereana Reid Arbelot, rappelant que ce territoire « dispose déjà d’un écosystème scientifique solide et d’une expertise reconnue sur les enjeux maritimes ».

L’unité polynésienne « ne sera pas une simple antenne locale, mais une entité onusienne ouverte sur le monde, connectée aux grandes dynamiques à l’international, en particulier dans l’espace indopacifique, où les pays du Pacifique portent une vision fondée sur la coopération, la stabilité et la responsabilité océanique ».

« L’objectif est clair : former les futurs décideurs du Pacifique, développer des formations de haut niveau en gouvernance et en sciences sociales liées à l’Océan, et offrir à notre jeunesse un environnement international d’excellence pour agir à l’échelle mondiale » a-t-elle ajouté.

« Il ne sert à rien pour la France, de bomber le torse en disant « nous sommes la deuxième puissance maritime mondiale », sans mettre un minimum de moyens derrière cette ambition » a estimé le président polynésien qui a affirmé le soutien de son gouvernement au projet. « C’est une opportunité de remettre la science au cœur des débats en des temps où les réseaux sociaux et les affirmations à l’emporte-pièce ont tendance à vouloir occulter la réalité ».

Au-delà de la Polynésie et de la France hexagonale, Moetai Brotherson assure « qu’une initiative comme celle-là est attendue également par tous les pays du Pacifique ». « Il s’agit pour nous d’avoir des éléments de recherche, des éléments de réflexion, des éléments de décision au cœur du Pacifique, sur cet océan qui nous rassemble tous », a-t-il ajouté.

« En plus de cette connexion Bretagne-Polynésie (…), le projet envisage de créer plusieurs portes d’entrée dans différentes universités (…), par exemple à Marseille, à La Réunion, en Guadeloupe, et y compris, pourquoi pas, dans d’autres pays » reprend Pierre-Yves Cadalen, insistant sur la nécessité « d’intégrer l’ensemble des États du Pacifique dans cette dynamique ».

Reste désormais à convaincre l’exécutif parisien, avec l’appui non négligeable du gouvernement polynésien. Lors de l’adoption de la résolution en février 2025, Paris avait invité le député à « clarifier le projet ». « Tout est en place désormais » assure Pierre-Yves Cadalen qui défend un projet « non seulement très précis dans son contenu, mais également précis dans les modalités de son financement » avec « cinq scénarios de financement possibles sur la table ».

Pierre-Yves Cadalen et Mereana Reid Arbelot devraient prochainement présenter le projet au gouvernement, et plus précisément au Ministère des Affaires étrangère. « Tout est dans les mains du gouvernement et le plus vite sera le mieux » insiste le député qui appelle, à travers cet Institut, à « se donner les moyens de la coopération, de la paix, du renforcement scientifique et du soutien plein et entier à l’Organisation des Nations Unies ».

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