Traité BBNJ de l’ONU : un accord mondial pour protéger la haute mer

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Entré en vigueur le 17 janvier, le traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) de l’ONU ouvre la voie à la création d’aires marines protégées au-delà des zones économiques exclusives. Un tournant pour la gouvernance des océans, salué en Polynésie française, où le modèle de gestion maritime a pesé dans les négociations internationales.

Protéger la haute mer, ces espaces maritimes situés au-delà des 200 milles nautiques des zones économiques exclusives (ZEE), était jusqu’ici un vide juridique. C’est désormais chose faite avec l’entrée en vigueur, le 17 janvier, du traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction). Un accord mondial qui permet pour la première fois de créer des AMP (aires marines protégées) dans ces zones internationales, essentielles à l’équilibre des océans.

Pour la Polynésie française, dont la ZEE s’étend sur 5,5 millions de kilomètres carrés, l’enjeu est stratégique. La haute mer joue un rôle clé dans la préservation des ressources halieutiques, la sécurité alimentaire et l’économie locale, notamment autour du thon. « C’est important d’avoir des zones, des aires marines protégées, effectivement, autour de notre ZEE, parce que notre ressource, elle ne connaît pas les frontières. Les thons ne naviguent pas que dans notre ZEE, ils naviguent aussi dans les zones internationales. Et le fait de pouvoir avoir des AMP au-delà de notre ZEE va permettre de mieux gérer notre ressource en interne également » explique Stéphane Perez, président du cluster maritime.

La signature du traité par un peu plus de 80 pays marque une réussite diplomatique pour la France et ses territoires ultramarins. La Polynésie française, en particulier, a pesé dans les discussions lors de la conférence des Nations unies sur l’océan, organisée à Nice en juin 2025. « Clairement, le modèle polynésien de préservation et de gestion de l’océan a vraiment convaincu. Parce qu’on a montré qu’il était équilibré entre la prise en compte des enjeux économiques qui sont essentiels. Il faut que les populations puissent se nourrir, et elles se nourrissent beaucoup de produits de la mer, mais en alliant aussi ces enjeux de préservation de la biodiversité marine, évidemment sur la partie côtière des récifs coralliens qui sont essentiels, mais aussi sur la haute mer et sur les zones plus au large » précise Etienne de la Fouchardière, secrétaire général adjoint du Haut-Commissariat de la République en Polynésie française.

Jusqu’à présent, la haute mer —qui couvre près de la moitié de la surface de la planète— échappait à toute véritable régulation internationale. Le traité BBNJ vient combler ce vide et ouvre la voie à une gestion collective de ces espaces.

« Ce traité est une avancée majeure dans le domaine de la protection de l’environnement maritime océanique, qui apporte la possibilité maintenant de pouvoir réglementer ce qu’on appelle les zones extérieures à notre ZEE, les zones de pêche, et notamment de pouvoir créer des couloirs, des corridors de protection. On songe notamment aux Australes par rapport aux espèces d’Espadon, et puis plus particulièrement vers les Marquises, pour justement cet endroit où on a une pouponnière des tonnidés, pour nous assurer une meilleure protection, et surtout continuer à avoir un développement économique local de notre pêche qui est durable » déclare Taivini Teai, Ministre des ressources marines.

Infographie TNTV

Dans le Pacifique, le traité BBNJ constitue aussi un levier pour bâtir des corridors écologiques entre les ZEE des pays voisins. Parmi les zones prioritaires figure une High Sea Pocket, située entre les zones maritimes des îles Cook, de Kiribati et de la Polynésie française.

« Il y a des flottilles asiatiques, il y des flottilles européennes, des flottilles sud-américaines, notamment des thoniers senneurs, qui participent à la surpêche dans le Pacifique et qui exploitent de fortes ressources de thons et notamment de bonites destinées à la conserverie. Et il faut savoir, c’est ce qu’on dit souvent, c’est qu’un thonier senneur pêche à lui seul, c’est l’équivalent de quasiment toute notre flottille polynésienne » rappelle Stéphane Perez.


Infographie TNTV

« La Polynésie est véritablement engagée dans un développement durable de sa pêche hauteurrière, ce qui n’est pas le cas à l’extérieur de notre ZEE, où là on a en effet des navires de grande pêche, des senneurs, qui viennent donc capter directement à l’extérieur de notre ZEE cette richesse, et maintenant que ce traité a été ratifié, il va être possible d’avoir une table de discussion sur ces quotas, sur ces possibilités de venir pêcher dans ces zones qui sont, en effet, importantes pour nous. (…) J’ai rencontré encore très récemment la secrétaire du ministre de la Pêche des îles Cooks, qui est justement intéressée pour développer un partenariat entre les îles du Pacifique sur ces accords BBNJ, sur ces quotas de pêche, notamment de tonnidés » ajoute Taivini Teai.

Deux autres secteurs sont également identifiés comme prioritaires pour la Polynésie : une zone entre les Gambier et Rapa, afin d’assurer une continuité écologique vers Pitcairn, et une autre entre les Gambier et les Marquises, le long de la frontière polynésienne, susceptible de s’étendre vers le nord des Marquises, là où se concentrent les populations de thons rouges.

Si le traité BBNJ est désormais en vigueur, de nombreux chantiers restent à ouvrir : définir les règles de gouvernance, les mécanismes de contrôle et les moyens concrets d’application. Autant de défis pour protéger un bien commun mondial, alors même que le changement climatique bouleverse déjà les écosystèmes marins.

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