Dans les eaux profondes de l’archipel des Tuamotu, autour de Rangiroa et Tikehau, évolue un habitant aussi discret que fascinant : le grand requin-marteau.
Depuis trois ans, les scientifiques de Gombessa Expéditions mènent une série d’expéditions pour percer les mystères de cette espèce. L’objectif est de mieux comprendre ses déplacements, ses zones de reproduction et son rôle dans l’écosystème récifal.
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Pour y parvenir, les équipes ont développé des protocoles d’observation spécifiques permettant d’étudier l’animal sans le capturer. Parmi les outils utilisés : un puhipuhi 3 en 1, une arbalète sous-marine capable à la fois d’identifier l’individu, d’en estimer la taille et de prélever un échantillon biologique. « Cette arbalète sous-marine, en plus de permettre l’identification de l’animal, de permettre la mesure de l’animal, de prélever un échantillon de tissu, elle permet également de fixer une balise. On a fait ça par le passé, au cours des trois dernières années, on a fixé des balises pour suivre ses déplacements » explique Antonin Guilbert, biologiste marin et coordinateur du projet Tamataroa.
Pour cette nouvelle mission, les chercheurs souhaitent franchir une étape supplémentaire : suivre et filmer un requin-marteau pendant toute une journée. L’objectif est d’obtenir des images inédites de son comportement, sans avoir recours à l’appât. « Habituellement, la caméra est clippée sur la dorsale ou vissée sur la dorsale du requin, sur son aileron. Là, la caméra va être attachée à un fil et va suivre le requin à quelques mètres derrière le requin, ce qui devrait nous permettre d’avoir un meilleur champ de vision sur le requin, de mieux comprendre son comportement et de mieux interpréter l’environnement dans lequel il évolue ».

Au-delà de ces expérimentations, le projet repose aussi sur un important travail d’analyse scientifique. Depuis décembre 2023, une thèse est consacrée à l’exploitation des nombreuses données collectées lors des expéditions.
Cartographie des zones de présence, analyse des déplacements entre Rangiroa et Tikehau, identification d’éventuelles variations saisonnières : les premiers résultats commencent à livrer leurs enseignements. « Aussi bien à l’échelle des déplacements qu’à l’échelle des échantillons qu’on a prélevés, il semble que le lagon joue un rôle très important pour l’animal. Pas forcément pour tous les individus, ça on va encore essayer de le déterminer. Mais en tout cas, déjà pour certains d’entre eux, on se rend compte que le lagon est très important Et donc derrière, d’un point de vue de la gestion, c’est une information qui va être importante à prendre en compte« précise Tatiana Boude, doctorante en biologie marine.

Le programme Tamataroa s’appuie également sur une forte mobilisation locale. Plongeurs, pêcheurs et habitants participent au projet en partageant observations, photos et vidéos. Plus d’une centaine de contributeurs ont ainsi alimenté la base de données du programme.
Ces informations sont précieuses pour le comité de gestion de l’atoll de Rangiroa, qui travaille à mieux encadrer les activités humaines dans certaines zones du lagon. « Sur les données qui sont sorties au niveau du lagon de Rangiroa par rapport à cet animal-là, il est au-dessus de deux points. Il y a un point qui est au sud-est et il y a un point qui est au sud-ouest. Par exemple, la zone sud-ouest est la plus fréquentée par rapport à la zone sud-est. Ça veut dire que toutes les données qui vont ressortir par rapport à cette étude là, va permettre justement à encadrer un peu toute l’activité humaine sur ces zones là pendant une période bien précise » ajoute Simeon Wong Sang, coordinateur du comité de gestion de Rangiroa.
Cette dernière phase du programme Tamataroa donnera lieu à plusieurs publications scientifiques, mais aussi à un film documentaire. Pour sensibiliser le grand public, une bande dessinée consacrée au grand requin-marteau, traduite en reo tahiti, devrait également voir le jour.



