Et si l’avenir de l’économie bleue passait par les algues ? C’est la conviction de Vincent Doumeizel, conseiller Océan des Nations unies, actuellement en mission en Polynésie française. Sur les platiers et dans les lagons, il découvre, aux côtés de chercheurs locaux, une biodiversité remarquable : 531 variétés d’algues ont déjà été identifiées au fenua, un patrimoine naturel qui suscite un intérêt croissant.
Parmi elles, certaines sont comestibles, d’autres possèdent des propriétés fertilisantes, médicinales ou encore industrielles. À l’Université de la Polynésie française (UPF), la biologiste Mayalen Zubia s’intéresse plus particulièrement à leur potentiel nutritionnel : « On a plein d’espèces et on sait que les algues, au niveau nutritionnel, c’est très intéressant. Au niveau des fibres, au niveau des minéraux, des oméga-3… C’est vraiment un alicament, c’est-à-dire un aliment santé. On a actuellement le projet REMU qui s’intéresse au potentiel nutritionnel des espèces polynésiennes. Pas toutes, car on ne pourrait pas en traiter 500. On a une vingtaine d’espèces dont on aimerait un peu voir quelles sont leurs compositions chimiques, leurs activités biologiques et ensuite, peut-être développer des filières en Polynésie ».

Dans le Pacifique, 113 espèces d’algues sont déjà répertoriées comme comestibles. Un chiffre qui laisse entrevoir de nouvelles opportunités pour l’agriculture, la santé et l’alimentation locale. Mais le potentiel polynésien dépasse largement le cadre alimentaire. Pour Vincent Doumeizel, le territoire possède des atouts uniques pour devenir un acteur clé de la filière algues dans la région. « C’est extrêmement intéressant. Il y a des sargasses qu’on va retrouver un peu partout, mais aussi d’autres variétés. Et puis, encore une fois, il y a une grande diversité ici du fait des eaux relativement froides qu’on va trouver dans le sud des Australes ou des eaux très chaudes qu’on va trouver à Tahiti ou dans les Tuamotu ».
Dans les laboratoires, la recherche s’oriente également vers la transformation et la valorisation industrielle des algues. Chez Pacific Biotech, les scientifiques travaillent notamment sur la turbinaria, une algue brune envahissante dans les lagons, pour en extraire l’alginate, une substance aux multiples usages et qui peut servir notamment de gélifiant. « C’est utilisé dans les pansements biologiques, dans les pansements gastriques.. Mais le but, c’est de faire un matériau qui peut à terme remplacer le plastique. On travaille avec d’autres entreprises qui travaillent sur les fibres végétales localement. Et l’idée, c’est de mixer les deux pour en faire un matériau avec des propriétés intéressantes » précise Xavier Moppert, responsable recherche et développement à Pacific Biotech.
Sur le terrain, la recherche continue aussi d’explorer de nouvelles pistes. En observant une algue rouge, l’acanthophora, Mayalen Zubia voit déjà un potentiel alimentaire prometteur : « Elle m’intéresse parce que c’est une espèce qui est comestible, qui se mange beaucoup, par exemple, à Hawaii.On aimerait faire des analyses dessus » précise la maître de conférences en écologie marine et directrice adjointe de l’UMR Secopol.
Une approche que Vincent Doumeizel salue : « C’est très intéressant. C’est génial d’être là avec une spécialiste comme Mayalen qui explique comment on peut utiliser les algues, notamment ces algues-là, spécifiques à ces îles. C’est extrêmement intéressant et enrichissant pour moi ».
À la croisée de la science, de l’économie et de la protection de l’océan, les algues pourraient ainsi devenir un pilier du développement durable en Polynésie. Une biodiversité encore largement méconnue, mais porteuse de solutions pour l’alimentation, la santé et la transition écologique.



