TNTV : On vient de l’entendre dans le reportage précédent, vous entamez en ce début d’année un véritable marathon touristique. L’année démarre dans les starting-blocks….
Vaihere Lissant : « Tout à fait. On démarre avec la conférence annuelle aujourd’hui. C’est l’occasion de réunir toute l’industrie touristique pour faire le bilan de l’année passée et parler des perspectives 2026. En termes de bilan, le reportage l’a mentionné, c’est une année très positive, 2025. Là, on est sur une troisième année consécutive record de fréquentation. On va atteindre les 280 000 touristes environ. On atteint le ratio d’un touriste par habitant ».
TNTV : Faudra-t-il encore faire mieux en 2026 ? Des grands rendez-vous sont attendus dans le courant de l’année comme le Paraparau Tahiti…
Vaihere Lissant : « Tout à fait, on a plusieurs temps forts pour ce début d’année. Prochainement, on a le Salon du tourisme qui aura lieu du 6 au 8 février. Là, c’est le marché domestique, le marché des résidents qu’on veut dynamiser. On veut attirer avec 280 prestataires touristiques qui ont répondu présents au rendez-vous. Ensuite, on a un séminaire des comités du tourisme juste après. On en profite parce que la plupart des personnes qui sont dans ces comités du tourisme, ce sont des prestataires touristiques qui viennent pour le Salon du tourisme. On profite de les réunir et de leur présenter aussi le bilan et de parler de 2026. Vous avez mentionné Paraparau Tahiti qui est un événement professionnel en février également. Là, le principe, c’est qu’on fait venir des tours opérateurs des marchés de proximité, Amérique du Nord et Pacifique, à la rencontre de prestataires et d’acteurs du tourisme polynésien ».
TNTV : Le bilan 2025 est très satisfaisant avec 280 000 touristes. Comment expliquer cette hausse du nombre de visiteurs ?
Vaihere Lissant : « Il y a plusieurs choses. Historiquement, on a eu la relance post-pandémie, ce qu’on a appelé le ‘Revenge Travel’. Ces voyageurs qui étaient un peu en manque de voyages et cloîtrés pendant le Covid et qui sont revenus sur le marché. Aujourd’hui, ce phénomène s’essouffle. On est resté dynamique, notamment avec la demande des deux marchés importants que sont l’Amérique du Nord, avec les États-Unis notamment, et la France. Donc là, ce sont vraiment des marchés très dynamiques avec une demande soutenue et puis une accessibilité aussi en termes de connectivité aérienne qui est aussi facilitée ».
TNTV : Les perspectives sont également bonnes pour 2026, même si, du côté des réservations, il y aurait une baisse. Comment est-ce qu’on l’explique ?
Vaihere Lissant : « Pour 2026, c’est compliqué de se prononcer dès maintenant. C’est le mois de janvier. En fait, on a plusieurs points d’attention. On l’a vu en conférence annuelle avec les différents intervenants. Par exemple, sur l’aérien, les perspectives restent quand même positives et dynamiques en termes d’offres de sièges. Sur le secteur de la croisière, potentiellement, 2026 va être une très bonne année, puisqu’on anticipe déjà plus d’escales, plus de capacités en termes de nombre de cabines mises à disposition. Et puis, sur la capacité hôtelière, le point marquant de 2026, c’est qu’on a plusieurs hôtels qui partent en rénovation majeure, qui est plutôt un point positif, parce que ça veut dire qu’on réinvestit, on remet le produit à niveau, mais ça reste quand même de la capacité. Après, ils ne ferment pas tous en même temps. Et je pense que la concentration se fait en particulier sur le premier trimestre. Donc la basse saison risque d’être, en tout cas sur l’hébergement terrestre, plutôt basse. C’est là où il faut rester prudent. Il ne faut pas rester sur nos acquis. Donc 2025, c’est super, c’est positif, mais il faut continuer à travailler. Il faut aider l’industrie à remplir leur canne de commandes ».
TNTV : Votre stratégie consiste à vous diversifier, notamment en vous ouvrant aux marchés de proximité comme l’Australie. On entend également parler du marché asiatique. Pourquoi et comment comptez-vous vous y prendre ?
Vaihere Lissant : « On dépend beaucoup, en fait, de deux marchés, Amérique du Nord et la France. 75% à 80% de nos touristes viennent de ces deux marchés. Donc on dépend énormément de ces deux marchés, d’où l’enjeu d’aller chercher nos touristes sur d’autres marchés. L’Asie et le Pacifique sont des régions où on pense qu’il y a encore une marge de manœuvre, il y a encore du potentiel à aller chercher. L’Asie a rouvert fin 2023 avec la ligne Papeete-Tokyo. On voit les marchés asiatiques qui reviennent progressivement, mais qui n’ont pas encore atteint le niveau de pré-Covid. Mais on y revient. Donc on pense qu’il y a un dynamisme à maintenir. C’est pour ça qu’on est présents ».
TNTV : Une ligne Sydney-Papeete pourrait-elle voir le jour ?
Vaihere Lissant : « On l’a entendu dans la presse. Potentiellement, une ligne pourrait s’ouvrir vers le Pacifique et donc vers l’Australie. L’Australie, c’est un marché intéressant pour nous. On l’a vu aussi également ce matin, parce que c’était un focus de la conférence annuelle, avec des invités spéciaux qui sont venus en parler. C’est un marché intéressant. Déjà, ils font partie du top 5 de nos marchés émetteurs de touristes. Ils sont plutôt dynamiques. Et ensuite, c’est un marché de proximité. Donc s’il y a une ligne directe, c’est du 8 heures de vol. Et surtout, ce qu’on a constaté ce matin, c’est qu’en termes de profil de voyageurs, l’Australie, ce qui est intéressant, c’est qu’il y a vraiment un profil diversifié. C ‘est un continent énorme avec un potentiel énorme. C’est 14 fois la France. C’est du tourisme de luxe, mais pas que. Les Australiens, c’est aussi potentiellement des voyageurs qui vont combiner plusieurs produits. Ils peuvent être en hôtel de luxe comme en pension de famille, qui vont aimer le côté aventure, aller dans les îles. Et c’est parfait pour notre destination, qui est très diverse aussi en termes de produits touristiques ».
TNTV : Cette stratégie prend aussi en compte le contexte de tensions mondiales, en particulier aux États-Unis. C’est un nouveau défi pour vous ?
Vaihere Lissant : « Oui. Depuis l’année dernière déjà, on restait très prudents et attentifs à la conjoncture géopolitique liée au gouvernement américain notamment. Et là, ça continue. Donc, il y a forcément des craintes. Ça amène un contexte d’incertitude qui nous encourage encore plus à cet enjeu de diversifier, il devient encore plus important lorsqu’on voit ce qui se passe géopolitiquement aux États-Unis ».
TNTV : Pourrait-il y avoir moins de touristes américains en Polynésie ?
Vaihere Lissant : « C’est la crainte qu’on a depuis l’année dernière. Donc on est vraiment très attentifs sur le marché américain. Ce qui nous a aussi amenés à être réactifs et agiles et à redoubler d’efforts en termes de campagne de communication. On a été aussi plus actifs sur ce marché pour compenser ce contexte ».
TNTV : L’objectif du président du Pays, c’est d’atteindre les 600 000 touristes d’ici à 10 ans. C’est ambitieux, mais réalisable selon vous ?
Vaihere Lissant : « Alors c’est 600 000 touristes ou l’équivalent en recettes touristiques. Donc ça correspond en fait à doubler les recettes touristiques. Je pense que c’est tout à fait réaliste comme objectif. Mais attention, il faut que le produit se structure. Donc ça peut être réaliste, mais à condition que l’offre suive. Donc ça veut dire plus de sièges, plus d’hébergement, plus de prestataires d’activité. Et l’idée, c’est qu’on est aussi pour un tourisme durable. Un tourisme durable, c’est un tourisme dont les retombées économiques bénéficient aux populations. Donc l’idée, c’est aussi de mieux répartir les flux de touristes dans toute la Polynésie française et pas les concentrer sur les mêmes îles ».



