Comment doit évoluer le salaire minimum en Polynésie française ? C’est la question soulevée par le projet de loi du Pays actuellement examiné par le CESEC. En jeu : la méthode de calcul de la revalorisation du SMIG, aujourd’hui indexée sur l’indice des prix à la consommation (IPC), et que le gouvernement propose désormais de baser sur un indice dit « ouvrier ».
Contrairement à l’IPC, qui mesure l’évolution des prix à partir de la consommation de l’ensemble des ménages polynésiens, l’indice ouvrier se concentre sur les foyers dont le principal revenu est le SMIG, autrement dit les ménages aux revenus les plus modestes.
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« La différence, c’est le poids que va représenter chaque poste dans chaque indice. Par exemple, le produit alimentaire et les boissons non alcoolisées représenteront une part plus importante chez l’ouvrier, chez le chef de ménage qui est ouvrier, que l’indice général, qu’un ménage classique. Il va représenter par exemple 32% chez l’ouvrier contre 27% général. Donc, il va peser plus dans les dépenses. Et donc, dès qu’il y a une augmentation sur ce poste de consommation, ça aura une incidence un peu plus importante chez l’ouvrier que chez le général » explique Sabrina Salenbier, responsable de département de l’ISPF.
Sur le long terme, les écarts entre les deux indicateurs restent toutefois limités. Depuis 2004, les courbes de l’indice général et de l’indice ouvrier évoluent globalement de manière parallèle, à l’exception de certaines périodes de crises mondiales économiques et sanitaires : « En 2022, où les produits alimentaires ont beaucoup augmenté, les logements aussi, les carburants, etc. Et du coup, il y a un décrochage. Et donc là, la courbe de l’indice ouvrier est un peu au-dessus de l’indice général. Après les évolutions, c’est la même tendance ».
Un constat qui ne suffit pas à convaincre les représentants du patronat, plus prudents face à ce changement de méthode. « Il y a eu un comparatif qui a été fait et on nous a présenté le fait que s’il avait été tenu compte exclusivement de l’indice ouvrier, il y aurait eu aujourd’hui une augmentation sur 22 années. Sur les 22 dernières années, le SMIC aurait augmenté de 3 376 francs de plus que ce qu’il est aujourd’hui. Autrement dit, il serait aux alentours de 175 000 francs, à peu près » déclare Thierry Buttaud, chef d’entreprise et membre du CESEC.
Du côté des syndicats, la mesure est perçue comme une remise en cause du pouvoir d’achat des salariés les plus modestes, et assimilée à un gel déguisé du SMIG. « Alors moi, je vais vous dire, je ne sais pas qui est le génie qui a proposé ça au gouvernement. Je suis d’ailleurs surprise qu’un gouvernement qui est supposé soutenir les travailleurs polynésiens nous fasse une telle proposition, de projet en tout cas. Mais je vais vous dire, pour ce qui concerne la Confédération syndicale A Ti’a I Mua nous allons nous opposer à cette mesure » affirme Avaiki Teuiau, secrétaire générale du syndicat A Ti’a I Mua.
Le CESEC poursuit actuellement l’examen du texte en commission. Une séance plénière devrait se tenir d’ici la fin du mois afin de rendre un avis sur ce projet de loi du Pays, et décider, ou non, de l’introduction de l’indice ouvrier comme référence pour la revalorisation du SMIG.



