TNTV : Vous avez été nommé mercredi à la tête d’ATN à 69 ans après un long et roche parcours professionnel. Qu’est-ce qui vous pousse à accepter ce défi alors que la compagnie traverse peut-être la crise la plus grave de son histoire ?
Lionel Guérin : « D’abord, c’est un grand honneur. Je remercie le Conseil d’administration, le Pays, de m’avoir choisi et fait confiance. C’est un grand honneur parce que c’est une compagnie magnifique qui représente le fenua partout dans le monde. Et j’en suis vraiment enchanté. Deuxième chose, c’est parce que ma belle-famille est polynésienne. Ma fille est au collège, elle est polynésienne. Mon épouse aussi. Et c’est par cette attache polynésienne que je m’occupe à la fois d’Air Moana et maintenant d’Air Tahiti Nui. Ensuite, le troisième point, la crise lourde, non, je pense qu’il faut quand même prendre un peu de recul. La compagnie a des atouts énormes. Elle fonctionne bien. Elle est certes en pertes régulières, mais elle fonctionne bien. Elle n’est pas en crise.
TNTV : Le communiqué annonçant votre nomination parle de gouvernance exigeante. Concrètement, qu’est-ce qui va changer cette année pour les salariés et pour les passagers ?
Lionel Guérin : « C’est d’abord de définir un cap clair pour les prochaines années de manière à redresser cette compagnie au niveau de son résultat financier. Dans les trois ans, c’est possible. Elle perd 7 % à peu près du chiffre d’affaires. Elle est redressable. Donc c’est reprendre des parts de marché, être beaucoup plus proactif, beaucoup plus dynamique sur les marchés extérieurs, notamment la Californie, l’Europe, la Nouvelle-Zélande. Ensuite, pour les passagers, on a décidé de se lancer dans une réfection des cabines, donc de refaire les cabines de nos 787 que l’on gardera jusqu’en 2032, quoi qu’il arrive. Et ensuite, de redynamiser les hommes et les femmes, les Polynésiennes et les Polynésiens d’Air Tahiti Nui. Il y a beaucoup, beaucoup de talents. Moi, je vais être une espèce d’entraîneur, de chef d’orchestre pour aller de l’avant. Vous m’avez parlé de mon âge tout à l’heure. Je ne vais pas rester 10 ans. Donc de retransmettre mon expérience à ces femmes et ces hommes et de préparer la suite ».
TNTV : Comment comptez-vous les redynamiser ?
Lionel Guérin : « D’abord, j’adore les gens, j’adore les équipes. C’est vraiment ma passion depuis tout le temps. C’est comme ça que je conçois les entreprises, parce que les résultats sont là. Les passagers, les clients sont contents. Quand les salariés sont contents, c’est une forme de symétrie des attentions. On s’occupe des clients, mais on s’occupe aussi de nos salariés. Et c’est un travail d’équipe. Vous savez, ce ne sont pas les grandes équipes qui gagnent, c’est les équipes très soudées ».
TNTV : En 2024, le déficit de la compagnie a atteint 2,8 milliards de francs. Dans ce contexte, la fermeture des lignes vers Tokyo et Seattle est-elle inévitable ?
Lionel Guérin : « On ne parle pas de fermeture de Tokyo. Tokyo est en déficit, mais rapporte quand même de l’argent à la compagnie, contribue à sa structure, donc on le conserve. Seattle, la décision a été prise avant mon arrivée de la fermer. Maintenant, on va présenter au Conseil d’administration, début mars, une ouverture de Sydney. Donc, ce sera au Conseil d’administration de décider de l’ouverture. Pourquoi on s’intéresse à cette zone-là ? Parce qu’on dépend énormément des touristes américains, des touristes européens, et on voudrait ouvrir le marché aux touristes du Pacifique Sud et de l’Asie ».
TNTV : Donc l’Australie, peut-être l’île de Pâques aussi ?
Lionel Guérin : « Oui, on le fait déjà en charter, donc on va regarder ça de près. Il faut savoir qu’Air Tahiti Nui a des très grandes forces d’alliance et de codeshare un peu partout dans le monde. C’est un grand atout que j’ai trouvé en arrivant, et on va le renforcer, on va l’accroître ».
TNTV : On vous connaît pour votre culture du résultat, notamment chez Transavia. Est-ce qu’on peut redresser ATN sans toucher à l’âme de la compagnie ? Quand je dis l’âme, c’est le service à bord, les fleurs.
Lionel Guérin : « Oui, au contraire, il faut renforcer cette compagnie au tiare qui a une très belle image partout dans le monde. C’est l’ambassadeur de la Polynésie dans le monde. Il faut continuer sur cette voie-là. On va renforcer la montée en gamme partout dans le monde ».
TNTV : Vous êtes également le président d’Air Moana. Comment est-ce que vous gérez cette double casquette ?
Lionel Guérin : « Par le passé, j’ai géré des compagnies beaucoup plus grosses, et deux à la fois ou trois à la fois pendant un moment. Donc, je passerai 150 % de mon temps chez Air Tahiti Nui et toujours beaucoup de temps chez Air Moana. D’abord, chez Air Moana, j’ai deux directeurs généraux qui sont montés en gamme depuis un an. Je leur transmets l’exploitation et le commercial. Donc, opérationnellement, ça fonctionne bien. Je reste président d’Air Moana parce que je me suis engagé à mettre cette compagnie en croisière, définitivement. Ça, ça arrivera vers 2027-2028, mais d’ici là, je ne m’occupe plus d’exécutif. Et puis, le Conseil d’administration de part et d’autre a décidé d’étanchéifier d’une façon très claire et transparente tout conflit d’intérêts potentiels entre Air Tahiti et Air Moana et Air Tahiti Nui. Donc, ça, c’est fait. Je vais être très scrupuleux et très transparent. Mais là, mon objectif, c’est avant tout la réussite d’Air Tahiti Nui. Et cette clarté sera transmise au Conseil d’administration en permanence ».



