« Ce que nous célébrons aujourd’hui, ce n’est pas seulement un contrat commercial et un partenariat qui nous engage pour de nombreuses années » a déclaré le général Michel Friedling, PDG et cofondateur, avec l’ancien chef du service de surveillance spatiale du CNES Juan Carlos Dolado, de Look Up Space. « C’est une étape importante dans la construction d’un réseau de surveillance spatiale souverain au service de notre sécurité collective ».
La cérémonie de signature ce vendredi matin, en présence notamment du président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, et du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et du Spatial, Philippe Baptiste, vient conclure deux années de travail en amont qui ont permis à l’entreprise française de bénéficier, localement, de l’appui de Tahiti Nui Telecom, dont le site sur les hauteurs de Papeno’o à Tahiti abrite déjà des antennes de télécommunications de l’OPT, un data center, un site de l’Agence spatiale européenne dédié au système de positionnement par satellite Galileo et des antennes de OneWeb.
Pour la « souveraineté spatiale » de la France et de l’Europe
« En accueillant ces deux radars, la Polynésie devient le premier territoire d’outre-mer à être intégré dans un programme international appelé à se déployer pour les prochaines années », s’est réjoui la présidente de Tahiti Nui Telecom, Sandrine Wai, pour qui « cette signature marque une étape importante pour notre entreprise et plus largement pour notre communauté ».
« L’espace est devenu un domaine stratégique majeur » a poursuivi Michel Friedling, qui était longuement interrogé, en septembre dernier, par nos partenaires de Radio 1 Tahiti. « La capacité à surveiller l’espace, à comprendre ce qui s’y passe, à anticiper, devient un enjeu essentiel. C’est précisément de la mission de Look Up Space (…), née d’une conviction simple : la France et l’Europe doivent disposer de leur propre capacité souveraine de surveillance spatiale ».
Le contrat prévoit à la fois le développement du site -génie civil, servitudes électriques, connectivités, sécurité- mais aussi son exploitation sur une durée de 20 ans. « C’est un contrat qui nous engage dans la durée avec maintenance et présence opérationnelle. Il représente un investissement structurant de plus de 6 millions d’euros pour le déploiement du site et de 3 millions d’euros pour l’exploitation hors énergie qui devrait d’ailleurs à terme être très largement fournie par des sources d’énergie renouvelables ».
« Embaucher des gens sur place »
Il « marque également le lancement des activités de look-up en Polynésie avec la structuration à terme d’une présence locale ». Et qui dit présence locale dit emploi, à la fois auprès de Tahiti Nui Telecom et ses prestataires, mais aussi des « emplois que nous, on va créer sur place » précise Michel Friedling.
« On a déjà aujourd’hui une succursale en Polynésie avec un salarié qui est là-bas en permanence. Et on va embaucher des gens sur place. Des personnes spécialisées en électronique, dans les algorithmes, dans la mécanique orbitale, le traitement des signaux radiofréquence, la sécurité des systèmes d’information. On a identifié des personnes qui ont des compétences qui nous intéressent en Polynésie et qui vont sans doute rejoindre la société », a poursuivi le dirigeant.
Saint-Pierre-et-Miquelon en 2028
Sur place, les travaux sont lancés et « le site sera prêt à accueillir les premiers éléments dès l’été 2026 ». Michel Friedling l’assure : le premier radar entrera en exploitation en septembre 2026, le second en mars 2027. Tous deux porteront des noms polynésiens, liés aux étoiles : Rehua pour le premier, nom tahitien de l’étoile Sirius, et Matari’i, pour les pléiades.
Une fois en service, ces deux radars rejoindront le premier déjà installé en Lozère. À termes, l’entreprise comptera sept installations du même type, et toutes seront en Outre-mer : à Saint-Pierre et Miquelon à l’horizon 2028 en premier lieu, puis à La Réunion, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, « dans un ordre qui reste à définir ».
Pour Look Up Space, la Polynésie française a été choisie en premier territoire pour son positionnement géographique « exceptionnel », « un point d’observation unique dans le Pacifique ». « En y installant ces radars, nous faisons de Tahiti une sentinelle avancée de l’espace, un moyen essentiel de la surveillance orbitale française et européenne ». Pour la dirigeante de Tahiti Nui Telecom, ce choix « confirme la confiance que Look Up Space accorde à la qualité de nos infrastructures et à la fiabilité de nos services ».
« Mon parcours de plus de 36 années au service de mon pays sur l’uniforme m’a convaincu que la souveraineté n’est pas une simple idée, qu’elle n’est jamais acquise » a poursuivi le général et PDG. « Elle se construit, elle se projette, elle se protège. Aujourd’hui, avec Tahiti Nui Telecom, le soutien de la Polynésie française, de l’État et de l’Europe, nous posons le cœur important de cette souveraineté dans l’espace. Nous faisons le choix de l’audace technologique, nous faisons le choix des Outre-mer comme avant-postes stratégiques, nous faisons le choix d’une France et d’une Europe actrices de leur destin spatial ».
« Ancrer la Polynésie dans cette souveraineté est nécessaire, si on se réfère à la géopolitique actuelle » a confirmé le président polynésien qui rappelle avoir préféré OneWeb à Starlink. « C’est le pari qu’on fait parce qu’on pense que cette science souveraine, c’est important» insiste Moetai Brotherson, « persuadé» que les radars Look Up Space renforcent « la place de la Polynésie dans le Pacifique », et « la place de l’Europe et de la France sur ce domaine de l’espace ».
Pour le ministre Philippe Baptiste, « cet accord est symbolique de l’intérêt et de l’importance des territoires ultramarins pour le spatial français », plus singulièrement ici, la Polynésie, « au cœur du Pacifique ». En amont de la signature, le ministre recevait le président de la Polynésie pour évoquer les sujets liés à l’enseignement supérieur sur le territoire.



