Sécurité, hygiène, œuvres disparues : la CTC épingle sévèrement le CMA

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La Chambre territoriale des comptes (CTC) a rendu public son rapport sur le Centre des métiers d'art de la Polynésie française (CMA), couvrant les exercices 2020 à 2025. Si l’institution fondée en 1980 bénéficie d’une renommée artistique internationale, notamment grâce à ses expositions au Musée de Tahiti et des Îles, au Carrousel du Louvre ou encore à l’Expo universelle d’Osaka, la CTC décrit un établissement « fragilisé » et confronté à de sérieux problèmes de gestion.

Le CMA forme aux métiers d’art via trois diplômes : CPMA, BPMA et DN MADE, ce dernier équivalent à un niveau de licence. Pourtant, les effectifs stagnent et les candidats à l’entrée chutent : 21 en 2024 contre 39 en 2020. Le décrochage touche particulièrement le CPMA et le DN MADE, dont seuls deux élèves ont obtenu le diplôme lors de la première promotion.
Le coût annuel moyen de formation atteint 2,88 millions Fcfp par élève, financé à 98 % par des fonds publics, souligne la CTC dans son rapport.

Locaux vétustes et sécurité en cause

La CTC pointe un état « préoccupant » des bâtiments : installations vieillissantes, normes non respectées, matériel dangereux, absence d’équipements de protection et même condamnation du premier étage du bâtiment administratif. Les ateliers présentent poussières non aspirées, machines obsolètes et conditions d’hygiène insuffisantes.
Le rapport souligne l’absence de DUERP (document unique d’évaluation des
risques professionnels), d’exercices d’évacuation, et recommande une mise en conformité urgente.

Projets pédagogiques détournés

Le rapport relève des activités imposées aux élèves sans lien direct avec leur formation :

  • confection de 40 à 60 costumes pour des troupes de danse du Heiva ou du Festpac,
  • travaux de commandes privées (cercueil, médaillons de mariage),
  • facturations sous-évaluées, voire incohérentes.

La CTC évoque même un risque de conflit d’intérêts, l’ancien directeur Viri Taimana étant membre d’une association bénéficiaire de ces réalisations.

Organisation interne défaillante

Le centre souffre d’un fonctionnement qualifié « d’atypique » :

  • cloisonnement des informations,
  • turnover élevé dans l’administration,
  • recrutements contractuels discutables,
  • enseignants souvent sous-qualifiés pour les niveaux délivrés,
  • temps de travail très en dessous des obligations (jusqu’à –11 000 heures cumulées).

La CTC évalue le coût horaire réel de formation à 23 000 Fcfp, un niveau très élevé.

Gestion du patrimoine artistique : opacité et pertes

L’inventaire des œuvres, pourtant essentiel pour un centre d’art, est « inexistant ou incomplet » selon la CTC. Une expertise menée en 2025 révèle :

  • 414 œuvres en collection,
  • 159 créations jamais enregistrées,
  • 53 œuvres disparues, pour un préjudice estimé à 613 000 Fcfp

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