Entre « pouvoir et vengeance », l’UPF lève le voile sur les femmes tahitiennes qui ont fait l’Histoire

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L’Université de la Polynésie française (UPF) accueille ce mercredi une journée d’études internationales intitulée « Femmes, Pouvoir et Vengeance ». Florent Atem, vice-président délégué en charge des affaires européennes, revient sur l’enjeu de ce rendez-vous : dépasser les mythes coloniaux pour redécouvrir les vahine historiques comme de véritables stratèges politiques. Une série de conférences qui propose un regard nouveau sur la période charnière allant du premier contact à l'annexion.

TNTV : Vous organisez demain cette journée d’études internationales. Pourquoi avoir choisi ce titre fort, « Femmes, Pouvoir et Vengeance » ?
Florent Atem : « Cet événement s’inscrit dans la continuité d’un colloque international de plus grande envergure que j’avais pu co-organiser avec ma sœur Carole Atem en 2023, autour de la rencontre assez improbable entre l’écrivain américain Henry Adams et Arii Taimai. Je suis d’ailleurs ravi d’annoncer la parution imminente des actes de ce colloque. Pour revenir à cet événement, il s’agit de se pencher sur un aspect plus spécifique de cet épisode essentiel à l’histoire polynésienne. »

TNTV : Cette journée réunit des regards très divers de Hawaii à Tahiti avec des historiens mais aussi des descendants. Qui sont les experts qui vont rythmer ce rendez-vous et quelles thématiques seront abordées ?
Florent Atem : « Eh bien nous aurons le plaisir d’écouter Leilani Basham de l’Université de Hawaii qui nous parlera de la dernière reine de Hawaï, Liliuokalani. Il y aura également Sylvie André, spécialiste de littérature francophone, notamment du Pacifique, qui a été aussi il y a quelques années présidente de l’Université de la Polynésie française. Raanui Donassans Pomare, descendant de Marau Ta’aroa et de Arii Taimai. Donc là aussi, nous sommes ravis, je suis ravi de pouvoir donner la parole aussi aux descendants directs en dehors de la sphère des enseignants-chercheurs. Véronique Larcade, professeure d’histoire contemporaine, qui a beaucoup travaillé sur le Pacifique, présentera également ses travaux. Jean-Christophe Teva Shigetomi, qui a abondamment écrit sur plusieurs aspects de l’histoire tahitienne. Et je terminerai en présentant mes propres travaux sur Henry Adams et Arii Taimai » .

TNTV : Vous intervener (ce mercredi) après-midi sur les intrigues polynésiennes à travers le regard de l’historien Henry Adams. Qu’est-ce que ce regard extérieur nous apprend sur ce que vous appelez le triomphe de la femme du Pacifique ?
Florent Atem : « Alors, chaque intervenant aura sa propre approche. En ce qui me concerne, il est vrai que ma lucarne sur cet épisode de l’histoire tahitienne, c’est effectivement le périple transpacifique de l’historien américain Henry Adams, qui est issu d’une des plus puissantes familles de Boston. Petit-fils, arrière-petit-fils de deux présidents américains, rien que ça. Et qui pourtant, au terme de cette épopée aux confins du Pacifique, opère une sorte de renaissance. Une nouvelle approche de l’histoire, une philosophie d’écrivain émerge de cet épisode. Et au travers de son regard, les notions de femme, de pouvoir, de vengeance, les articulations possibles entre ces trois notions ont considérablement nourri le corpus de textes sur lequel je m’appuierai. »

TNTV : Au-delà du récit historique, quel est l’enjeu de cette série de conférences ? Est-ce que c’est pour redonner à ces femmes leur juste place comme véritables actrices politiques du XIXe siècle ?
Florent Atem : « Lorsqu’on parle de femmes, lorsqu’on parle du Pacifique, de Polynésie, on peut avoir l’image, légitimement, de la vahine, mythe qui pourrait tout à fait faire l’objet de multiples colloques distincts de celui-ci. Pour cet événement, il s’agit véritablement de se pencher sur ces figures du pouvoir autochtone, finalement, et d’interroger, à la lumière de certains outils, d’analyses plus récentes, cette période clé essentielle de notre histoire qui va, pour parler rapidement de ce qu’on appelle communément le contact, jusqu’à l’annexion du territoire par la puissance française. »

TNTV : Cette série de conférences n’est pas seulement pour que les femmes soient perçues comme des figures de fantasmes coloniaux ?
Florent Atem : « Dans le cadre de cet événement, il s’agit en effet quelque part, bien que ce ne soit pas l’objectif premier de la journée d’études, mais il s’agira d’une certaine manière, oui, de déconstruire cette image, puisqu’il y a au centre de ces discussions la volonté d’explorer ces articulations possibles entre la notion de figure féminine, de pouvoir et de désir, de vengeance, parfois à l’échelle transgénérationnelle. »

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