Une nouvelle expédition à la recherche de l' »oxygène noir » dans les abysses

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De l'oxygène est-il vraiment produit par des roches métalliques dans les abysses? Les chercheurs à l'origine de cette découverte controversée, qui bouleverserait notre conception des origines de la vie, planifient une nouvelle expédition pour en avoir le coeur net.

À l’été 2024, une équipe de scientifiques britanniques a annoncé avoir détecté un étrange « oxygène noir » à plus de 4 kilomètres de profondeur, dans la plaine abyssale de la zone de fracture géologique de Clarion-Clipperton, dans le centre du Pacifique.

Une découverte stupéfiante. La présence d’une source d’oxygène tapie dans les abysses – où l’absence de lumière empêche sa production par photosynthèse – remettrait en cause les hypothèses généralement admises sur les origines de la vie sur notre planète.

La vision « conventionnelle » veut que l’oxygène a été fabriqué pour la première fois il y a environ 3 milliards d’années par des bactéries photosynthétiques qui ont mené au développement d’organismes plus complexes.

Selon les chercheurs à l’origine de la découverte, l' »oxygène noir » serait lié à la présence au fond des abysses de nodules polymétalliques, des concrétions minérales de la taille d’une pomme de terre riches en métaux (manganèse, nickel, cobalt…).

Ces biogéochimistes ont détecté à la surface de ces nodules une tension électrique. Selon leur théorie, celle-ci pourrait être à l’origine d’un processus d’électrolyse de l’eau, qui sépare ses molécules en hydrogène et en oxygène à l’aide d’un courant électrique.

Cependant, l’industrie minière en eaux profondes — qui souhaite extraire de ces nodules des métaux nécessaires à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, éoliennes, panneaux photovoltaïques et téléphones portables – a exprimé des doutes quant à la validité de cette découverte. Tout comme des chercheurs indépendants. 

Pour les lever, le Britannique Andrew Sweetman, qui a dirigé les recherches initiales, prépare donc une nouvelle expédition sous-marine dans les prochains mois.

Lors d’une conférence de presse mardi, lui et son équipe ont dévoilé deux nouveaux atterrisseurs capables de descendre jusqu’à 11 kilomètres de profondeur pour réaliser des expériences sur les nodules.

Contrairement aux missions précédentes, ces atterrisseurs seront équipés de capteurs spécifiquement conçus pour « mesurer la respiration du plancher océanique » , a expliqué M. Sweetman.

Exploitation minière

Pour ce nouveau projet financé par une fondation japonaise, il prévoit de passer le mois de mai à bord d’un navire de recherche dans la zone Clarion-Clipperton.

« Nous serons en mesure de confirmer la production d’oxygène noir dans les 24 à 48 heures suivant le remontée des atterrisseurs » , même si d’autre expériences en laboratoire seront nécessaires, a-t-il affirmé.

Le scientifique a profité de la conférence de presse pour répondre aux critiques visant sa première étude.

Certains spécialistes ont en effet estimé que l’oxygène détecté ne provenait pas des nodules, mais simplement de bulles d’air piégées dans les instruments de mesure.

« Nous utilisons ces instruments depuis 20 ans et, chaque fois que nous les avons déployés, nous n’avons jamais eu de bulles d’air » , a assuré M. Sweetman, ajoutant avoir mené des tests permettant d’exclure cette hypothèse.

Son équipe a rédigé une réfutation détaillée des critiques, mais celle-ci est encore confidentielle tant qu’elle n’a pas été évaluée par des pairs, a-t-il ajouté.

Interrogé par l’AFP, Matthias Haeckel, biogéochimiste au Centre Helmholtz GEOMAR pour la recherche océanique (Allemagne), a indiqué que ses propres recherches « ne montraient aucun indice de production d’oxygène » par les nodules.

M. Sweetman doit se joindre à une expédition qu’il mènera à la fin de l’année, « où nous prévoyons de comparer nos méthodes » , a-t-il ajouté.

L’étude initiale de M. Sweetman avait été partiellement financée par The Metals Company, une entreprise d’exploitation minière en eaux profondes canadienne. Elle a depuis vivement critiqué ses résultats, alors que des entreprises et des Etats s’affrontent au sujet des règles proposées pour encadrer l’industrie minière des grands fonds, potentiellement destructrice pour l’environnement.

« Si l’exploitation minière en eaux profondes est lancée, elle aura un impact étendu » , a estimé M. Sweetman, rappelant que « ces nodules abritent une faune variée » .

S’il n’est « pas dans son intention » de découvrir des éléments qui permettraient d’empêcher cette exploitation, il a expliqué vouloir récolter le plus d’informations « pour limiter cet impact autant que possible » .

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