Retraites : deux motions de censure pour le gouvernement, accusé de « fiasco »

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Accusé sur sa droite comme sur sa gauche d'un "fiasco" sur les retraites, Edouard Philippe, confronté mardi à deux motions de censure à l'Assemblée, a dénoncé les "combines procédurales" ayant conduit au recours à l'arme du 49-3 sur cette réforme "ambitieuse".

Après 13 jours d’un parcours hors norme à l’Assemblée en première lecture pour ce projet emblématique visant à créer un système « universel » par points, le Premier ministre avait signé samedi la fin de la partie avec le recours surprise à cet outil constitutionnel permettant de faire adopter le texte sans vote.

Aussitôt, LR et les trois groupes de gauche -PS, PCF et LFI- ont déposé des motions, qui feront l’objet d’un vote tard dans la soirée, seules les voix favorables étant recensées. 

 

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Dans un hémicycle pas comble, le chef de file des députés LR Damien Abad a défendu la première, pointant un « fiasco parlementaire sans précédent » sur une réforme qui fera des Français les « grands perdants »

Au nom des groupes de gauche, le communiste André Chassaigne a fustigé dans la foulée un « désastre démocratique », après le recours à l’arme « funeste » du 49-3 qui « parachève la chronique du fiasco annoncé de cette réforme ».

« Vous avez fracturé le pays », a renchéri la socialiste Valérie Rabault, tandis que Jean-Luc Mélenchon (LFI) a taclé un 49-3 « décidé sournoisement », promettant la poursuite d’une « guérilla populaire et parlementaire, pacifique »

Opposé aux motions, Jean-Christophe Lagarde (UDI-Agir) a pour sa part regretté le « spectacle lamentable » donné par l’Assemblée. « Pourquoi n’avons nous pas pris un mois de plus ? » a demandé Philippe Vigier (Libertés et Territoires).

« Nous avons fait cent fois le tour de la loi », a jugé Patrick Mignola (MoDem), tandis que Gilles Le Gendre (LREM) a lancé sous des huées à la gauche de la gauche à l’origine de milliers d’amendements : « le 49-3, c’est vous ! ».

Après ces interventions contrastées, à l’image des débats depuis deux semaines, le Premier ministre a donné calmement la réplique, insistant sur une réforme de « justice sociale » : « ceux qui défendent le statu quo (…) racontent bien trop souvent des calembredaines ».

Récusant tout « coup de force », il a observé qu’il aurait fallu « 8 semaines », week-end compris, pour arriver au bout. Avoir une minorité qui « bloque systématiquement les questions de fond » n’est pas à l' »honneur du débat parlementaire », a ajouté Edouard Philippe.

Rappelant les amendements retenus in fine par le gouvernement, il a aussi vanté « un texte de compromis », « qui a évolué ».

« 49-3 on n’en veut pas »

Le rejet des motions ne fait aucun doute et va entraîner de facto l’adoption du projet de loi: ni LR avec 104 députés, ni la gauche avec 63 élus, ne peuvent rassembler la majorité de 289 voix requise pour faire chuter le gouvernement.

Mais les opposants à la réforme, mobilisés depuis le 5 décembre, continuent le combat : ils ont manifesté à nouveau mardi à Paris et en province contre ce « passage en force ». Au sein des cortèges clairsemés, les slogans clamaient « Macron traître et retraites » ou « 49-3, on n’en veut pas ». 

La séquence se déroule dans un climat déjà tendu pour l’exécutif, entre nouveau coronavirus et élections municipales. En interne, la majorité est aussi confrontée à un enjeu de cohésion, avec des départs au compte-gouttes qui se poursuivent. 

Lors de la réunion hebdomadaire des députés LREM, Edouard Philippe les a appelés à « rester soudés », évoquant « une période de combat politique très intense ».

Les députés ont encore au menu à partir de mercredi, le projet de loi organique accompagnant la réforme et objet de 1 800 amendements, Gilles Le Gendre jugeant « jouable » son examen d’ici dimanche soir.

La réforme poursuivra ensuite son parcours au Sénat, à majorité de droite, en avril, avant de revenir à l’Assemblée, le gouvernement visant toujours une adoption définitive avant l’été. Entre-temps sont attendues les conclusions de la « conférence de financement », dont la CGT et FO ont claqué la porte. 

À l’instar de Jean-Luc Mélenchon qui ne veut « aucune violence », plusieurs élus ont appelé à ne pas « attiser » les colères, alors que depuis samedi plusieurs permanences et locaux de campagne ont été ciblés, dont ceux du Premier ministre au Havre.

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