Outre-mer : six milliards pour changer de « logiciel » économique

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Près de six milliards d'euros de projets d'investissement public et privé en faveur des Outre-mer, soit environ 720 milliards de francs, ont été annoncés jeudi lors du premier sommet "Choose Outre-mer" à Paris, actant un changement de doctrine pour miser sur les atouts de ces territoires.

A l’initiative de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, l’événement a réuni plus de 150 entreprises et investisseurs à la Banque de France. L’exécutif ambitionnait d’y opérer un changement de logiciel « radical« .

« Pendant longtemps, nous avons pensé leur développement d’abord à partir de leurs contraintes« , a souligné la ministre. Le gouvernement veut désormais parier sur la biodiversité tropicale ou l’économie bleue. « Pas une subvention, un investissement« , a-t-elle martelé.

 

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Au total, cent projets stratégiques ont été recensés, touchant l’énergie, le tourisme ou le domaine spatial. L’entreprise IDEX prévoit par exemple d’injecter 250 millions d’euros dans une unité de valorisation à Macouria, en Guyane, et 225 millions d’euros pour moderniser l’incinérateur de Fort-de-France, en Martinique.

L’innovation de pointe essaime également. A La Réunion, Torskal implantera une usine de nanoparticules d’or pour le traitement du cancer. En Nouvelle-Calédonie, Suez Eau France développera une usine d’eau potable pour 55 millions d’euros, et le port autonome un pôle de maintenance navale de 70 millions.

Préjugés tenaces

Pour attirer les capitaux privés, la ministre a lancé le fonds à impact « Outre-mer One ». « Ce véhicule« , géré par INCO Ventures et réunissant l’Etat et des acteurs privés, a dépassé son objectif initial en clôturant un premier tour de table à 35 millions d’euros.

Il s’agit de briser « le plafond de verre » auquel se heurtent les jeunes pousses. Jean-Simon Chaudier, dirigeant de Fire Tracking, start-up calédonienne développant des caméras pour détecter les feux de forêt jusqu’à 20 kilomètres, a raconté les préjugés tenaces des fonds parisiens qui imaginaient « des mecs en claquettes qui vendent des mojitos sur la plage« .

Pour lever des fonds, l’entrepreneur cachait l’origine de son entreprise, modifiait l’heure de son ordinateur et « pitchait » en visioconférence à 03H00 du matin, dans le noir « avec un halogène braqué sur le visage » pour simuler le jour.

« Il faut imaginer que dans les outre-mer, on a un jeu de contraintes qui est puissance 10. Donc on est puissance 10 plus innovants« , résume M. Chaudier.

Même constat pour Shirley Billot, dirigeante d’une marque martiniquaise de cosmétiques. Face à l’étroitesse du marché insulaire, « on pense tout de suite export, tout de suite international« , explique-t-elle.

Elle a dû essuyer près d’une centaine de refus d’investisseurs hexagonaux, l’obligeant à chercher des fonds aux Etats-Unis ou à Dubaï. Ses produits sont aujourd’hui distribués dans 600 points de vente américains. « L’avantage d’être en outre-mer et d’être français, c’est qu’on répond à la réglementation européenne« , souligne-t-elle.

« Territoires de solutions »

« Nos territoires sont des territoires de solutions pour répondre à des problématiques nationales ou internationales« , a insisté Céline Rose, représentante martiniquaise de la Confédération des petites et moyennes entreprises, sur une île frappée par le vieillissement accéléré de sa population.

Le sommet a ainsi abordé la commande publique, estimée à cinq milliards d’euros outre-mer. Une loi de simplification vise à en ouvrir l’accès à 60% des PME locales.

Un coup de pouce fiscal facilitera la transmission des très petites entreprises, alors que les cessions ont bondi de 20% à La Réunion et en Guyane.

Pour consolider cette dynamique dans le sillage du plan France 2030, doté de près de 300 millions d’euros, l’événement deviendra annuel.

La prochaine édition, « Choose New Caledonia », se tiendra le 15 mars 2027 à Nouméa. La Nouvelle-Calédonie veut « être un laboratoire pour montrer à la France ce qui marche au niveau économique », a conclu Christopher Gygès, membre du gouvernement calédonien.

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