Moyen-Orient : comment une énième volte-face de Trump a fait chuter le pétrole

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Les cours du pétrole ont chuté de plus de 10% lundi, une réaction brutale au revirement de Donald Trump sur l'Iran, le président américain assurant avoir eu de "très bonnes" discussions avec Téhéran pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Malgré le démenti des autorités iraniennes sur l’existence de ces pourparlers, les propos du chef d’État américain offrent l’espoir d’une respiration pour le marché des hydrocarbures, dont les prix flambent depuis le début de la guerre. Explications.

Le marché de l’énergie en surchauffe

Le baril de Brent, référence internationale du pétrole brut, a bondi de plus de 40% depuis le début du conflit. Le gaz européen, structurellement plus volatil, a vu, lui, son cours grimper de plus de 75%. 

 

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Les exportations d’hydrocarbures des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, l’Irak, ou le Qatar, sont en grande partie entravées par la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz par où transite habituellement environ 20% de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié.

Selon Fatih Briol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ce ne sont pas moins de « 11 millions de barils » de pétrole qui sont perdus chaque jour, « soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies » des années 1970.

M. Birol a mis en avant une « menace majeure » pour l’économie mondiale.

Dès que Washington a laissé entrevoir une désescalade, les investisseurs se sont empressés de revendre leurs barils pour empocher leurs gains, provoquant ce dégonflement express des prix et un allégement de la « prime de guerre » .

Après avoir plongé de plus de 14%, le baril de Brent a finalement clôturé en baisse de 10,92% à 99,94 dollars.

Le baril américain WTI a lui dévissé de 10,28% à 88,13 dollars.

L’épouvantail d’un baril à 150 dollars

Pour tenter de forcer la réouverture du détroit d’Ormuz, Donald Trump avait lancé samedi soir un ultimatum de deux jours à l’Iran, menaçant de frapper ses centrales électriques. Il a finalement fait marche arrière lundi, évoquant un report « de cinq jours » de la date butoir.

« L’impression que ça donne est qu’on est proche de sa ligne rouge » , explique à l’AFP John Plassard de Cité Gestion Private Bank.

Selon lui, une telle escalade, avec le risque de représailles iraniennes sur les infrastructures des pays du Golfe, propulserait « le brut à 150 dollars le baril, ce qui aurait des implications catastrophiques » sur l’économie… et sur l’opinion américaine, à quelques mois des élections de mi-mandat.

Le plongeon des cours lundi illustre le profond soulagement des investisseurs, rassurés de voir s’éloigner ce scénario catastrophe: une crise liée au transport maritime peut se résorber rapidement si la guerre prend fin, contrairement à une crise profonde causée par la destruction d’infrastructures énergétiques au Moyen-Orient, dont les répercussions dureraient des années.

Le marché peut supporter une perte provisoire de la production, mais il « ne peut pas vivre avec 10% de la production pétrolière mondiale perdue pendant des années » , relève auprès de l’AFP Ole R. Hvalbye, analyste de SEB.

Rien de garanti

Si les marchés considèrent les propos de Donald Trump « comme une tentative majeure de désescalade, ni les États-Unis ni Israël n’ont totalement cessé leurs opérations offensives » , relève Gregory Brew, d’Eurasia Group.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a de son côté nié « toute négociation avec les États-Unis » depuis le déclenchement du conflit, il y a plus de trois semaines.

Une véritable détente des cours passera par un retour à la normale du trafic dans le détroit d’Ormuz et non par de simples déclarations, avertit M. Hvalbye.

Même en cas de trêve rapide, les prix ne retrouveront probablement pas immédiatement leur niveau d’avant-guerre. 

Au moins 40 infrastructures énergétiques ont déjà été « gravement ou très gravement endommagées » dans neuf pays du Moyen-Orient, a rappelé le patron de l’AIE.

De plus, les pays importateurs ont déjà commencé à puiser dans leurs réserves stratégiques, qu’il faudra bien reconstituer une fois la crise passée, maintenant ainsi une pression à la hausse sur la demande et les prix dans leur sillage.

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