Le président sortant des Etats fédérés de Micronésie, David Panuelo, a accusé la Chine de mener une « bataille politique » dans son pays et de recourir à la corruption et au harcèlement, dans une lettre incendiaire adressée au Parlement, Pékin dénonçant des « calomnies« .
« Pour le dire simplement, nous sommes témoins d’une bataille politique dans notre pays« , a écrit le dirigeant dans cette lettre obtenue vendredi par l’AFP. Il met les législateurs en garde, détaillant des allégations d’espionnage chinois, de coercition de responsables du gouvernement et des « menaces directes » envers sa sécurité personnelle.
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M. Panuelo va bien plus loin dans cette lettre, avertissant le prochain gouvernement d’une vague de menaces qui risqueraient, selon lui, de transformer la Micronésie en vassale de la Chine.
Pékin a « démontré une grande capacité à saper notre souveraineté, rejeter nos valeurs et à utiliser nos responsables élus et expérimentés à ses propres fins« , a-t-il fustigé. M. Panuelo a notamment accusé des collègues de son cabinet d’avoir transmis à la Chine des enregistrements de rencontres bilatérales.
« Nous sommes soudoyés pour être complices et soudoyés pour garder le silence. Ce sont des mots forts, mais qui décrivent cependant précisément la situation« , a-t-il ajouté.
« Que dire sinon d’un responsable élu qui reçoit une enveloppe remplie d’argent après un dîner à l’ambassade de la RPC, ou après une inauguration?« , a-t-il poursuivi, faisant référence à la République populaire de Chine (RPC).
Le dirigeant a également dit avoir été suivi par « deux Chinois » lors d’une réunion aux Fidji en juillet, affirmant qu’ils travaillaient à l’ambassade et que l’un d’entre eux avait été identifié plus tard comme un « officier du renseignement » de l’armée chinoise.
« Pour être clair: j’ai reçu des menaces directes à mon intégrité physique de la part de fonctionnaires de la RPC agissant dans un cadre officiel« , a-t-il encore déclaré, expliquant qu’il avait dû changer de numéro de téléphone à cause d’appels « incessants » de l’ambassadeur de Chine, qui essayait de le persuader d’accepter des vaccins chinois contre le Covid.
Calomnies et accusations
« Ces calomnies et ces accusations contre la Chine sont totalement contraires aux faits. La Chine les juge totalement inacceptables« , a réagi lors d’un point de presse régulier Mao Ning, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Le ministère des Affaires étrangères taïwanais a refusé de préciser vendredi s’il avait été en contact avec la Micronésie, comme l’a indiqué David Panuelo dans sa lettre.
Mais le ministère a déclaré qu’il accueillerait favorablement « tout effort visant à développer les relations mutuelles » avec la Micronésie.
La Micronésie, qui compte à peine 100.000 habitants, est l’alliée de Washington, avec qui elle maintient des liens étroits depuis son indépendance acquise il y a plus de 30 ans.
La concurrence entre les Etats-Unis et la Chine dans le Pacifique s’est renforcée à mesure que Pékin cherche à étendre son influence dans cette région stratégique.
Les Etats fédérés de Micronésie enjambent un carrefour maritime d’importance majeure et se situent au sud-est de Guam, île où les Etats-Unis sont présents militairement et qui pourrait devenir un territoire-clef en cas de conflit à Taïwan.



