Parmi les personnes tuées figurent neuf mineurs, précise l’organisation, faisant également état de milliers de blessés. Certaines estimations, que l’ONG n’a pas pu vérifier, évoquent un bilan nettement plus élevé, allant jusqu’à plus de 6.000, ajoute-t-elle.
Des milliers de manifestants dans les rues d’Iran défient comme jamais la République islamique mais l’ampleur du mouvement est-il suffisant pour renverser le pouvoir théocratique en place? Tout dépendra de la possible émergence de divisions internes, soulignent des experts.
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Les analystes interrogés par l’AFP restent tous extrêmement prudents sur l’issue de ces manifestations, en raison de l’unité affichée jusqu’ici par le pouvoir. Mais ils notent que les manifestations s’intensifient de manière constante depuis leur début le 28 décembre.
Et désormais, « elles représentent sans doute le défi le plus sérieux auquel la République islamique ait été confrontée depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites« , estime Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.
« Ce mouvement est différent parce qu’il fait la synthèse de tous les mouvements précédents: les révoltes économiques, les révoltes pour l’égalité femmes-hommes, les révoltes des étudiants, les révoltes des classes moyennes, qui sont déclassées aujourd’hui« , observe de son côté Clément Therme, chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes.
Pour Jason Brodsky, de l’organisation United Against a Nuclear Iran, ces manifestations sont « historiques » et plus elles durent, « plus elles injectent de l’instabilité au cœur du régime« .
Facteurs internes
Les facteurs internes, à savoir les défections au sein de l’armée et/ou des fractures dans l’entourage du guide suprême, restent néanmoins le critère principal pour faire vaciller le pouvoir en place.
« C’est le lâchage de l’appareil de sécurité« , « la fraternisation avec les manifestants » qui peuvent entraîner sa chute, explique Clément Therme. « Dans quelle mesure les forces de l’ordre vont-elles continuer à obéir aux ordres et à tirer à balles réelles sur la foule?« , interroge-t-il alors que la répression a déjà fait au moins plusieurs centaines de morts.
« Pour l’instant, il n’y a pas de basculement systémique des forces de l’ordre, de fraternisation avec les manifestants« , note-t-il.
Pas de signe apparent non plus, pour l’heure, de fêlure au sein des puissants Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique.
« Si des membres des services de sécurité ou des élites politiques de premier plan venaient à faire défection ou si les manifestants parvenaient à s’emparer et à conserver des institutions gouvernementales clés, cela signalerait un changement significatif dans le rapport de force« , abonde Nicole Grajewski.
Inversement, dit-elle, « des manifestations de masse, aussi soutenues soient-elles, ont peu de chances d’être suffisantes sans divisions au sommet et au sein des institutions coercitives chargées de réprimer la contestation ».
Critère économique
Déclenchée à Téhéran le 28 décembre par des commerçants furieux contre la cherté de la vie, la contestation s’est largement étendue aux régions les plus pauvres du pays, à l’ouest. Des millions d’Iraniens y compris de la classe moyenne sont confrontés à la grave crise économique et ne peuvent plus supporter la hausse rapide des prix à la consommation.
Or « la République islamique est prise dans un cercle vicieux, puisque plus elle réprime, plus la situation économique du pays se détériore », constate M. Therme, ce qui augmente le mécontentement populaire et fragilise davantage le régime.
Facteurs extérieurs
Le président américain Donald Trump a menacé la semaine dernière de « frapper très fort » l’Iran si les autorités réprimaient les manifestants. Dimanche, il a réitéré ses menaces: « Nous étudions des options très fortes« , a-t-il dit.
Quel pourrait être le rôle des Etats-Unis et d’Israël? Peut-il y avoir une intervention militaire en soutien des manifestations à l’intérieur ou des actions ciblant des acteurs clés du pouvoir?
« Il est possible que, sous la pression conjuguée des protestations internes et des menaces étrangères des Etats-Unis et d’Israël, des membres du régime entreprennent une action de type coup d’Etat et modifient les politiques et structures fondamentales du régime« , opine Arash Azizi, de l’université américaine Yale. « Ce serait aussi la chute du régime« .



