« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors c’est la fin de tout. Y compris notre Otan et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale », a dit Mette Frederiksen à la télévision TV2.
La cheffe du gouvernement, qui juge la situation « sérieuse », a affirmé faire « tout (s)on possible pour que ce ne soit pas le cas« . « Ça suffit maintenant« , avait réagi la veille le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen.
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Interrogé par le magazine américain The Atlantic sur les implications pour le Groenland de l’opération militaire menée par les forces spéciales américaines au Venezuela, Donald Trump venait de déclarer que c’était à ses partenaires de les évaluer : « Ils vont devoir se faire leur propre opinion ».
« Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper« , a ensuite réaffirmé le président américain devant des journalistes à bord d’Air Force One dimanche soir.
Le président américain a dit qu’il allait s’occuper « du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans 20 jours« .
« Je ne suis pas d’accord pour dire que la sécurité dans l’Arctique n’est pas assurée« , a réagi Mme Frederiksen. En 2025, le Danemark a alloué quelque 90 milliards de couronnes (1,2 milliard d’euros) à la sécurité dans la région, a-t-elle rappelé.
Pour la députée Aaja Chemnitz, qui représente le Groenland au Parlement danois, il faut « être prêt pour tous les scénarios ».
« Que ce soit la rupture d’un câble de communication ou les menaces de Trump, le peuple groenlandais doit se préparer« , a-t-elle dit à l’AFP.
Immense île arctique peuplée de 57.000 habitants, le Groenland dispose d’importantes ressources minières, majoritairement non exploitées, et est considéré comme un emplacement stratégique. Les Etats-Unis y ont déjà une base militaire et en exploitaient une dizaine pendant la guerre froide.
« Très inquiétant »
Le mois dernier, le président américain s’était plaint que des navires russes et chinois soient « partout » le long des côtes du Groenland.
« Il répand des mensonges sur la présence de ces navires. C’est très inquiétant« , a souligné Mme Chemnitz.
Lundi dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères a exhorté les États-Unis de « cesser d’utiliser la prétendue menace chinoise comme prétexte pour chercher des gains personnels« .
Dimanche soir, Mette Frederiksen s’était déjà élevée avec fermeté contre les propos du président américain: « Je demande instamment aux Etats-Unis de mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et contre un territoire et un peuple qui ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas à vendre« .
« Il est tout à fait absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland« , a-t-elle ajouté dans un communiqué. Les dirigeants européens se rangeaient lundi derrière le Danemark et le Groenland, le Premier ministre britannique Keir Starmer déclarant lui aussi soutenir son homologue danoise.
L’Union européenne attend de ses partenaires qu’ils respectent les principes de la souveraineté et de l’intégrité d’un territoire, a souligné la Commission.
Samedi, une publication sur X de l’épouse du directeur de cabinet adjoint de la Maison Blanche, Stephen Miller, avait déjà semé le trouble.
Alors que les Etats-Unis intervenaient militairement à Caracas, Katie Miller publiait sur son compte X une carte du Groenland colorée aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une courte légende en capitales: « SOON » (« bientôt »).
Le Danemark est un allié historique et traditionnel des Etats-Unis, se fournissant largement auprès de Washington pour son armement.
Le royaume, qui inclut les îles Féroé et le Groenland, fait partie de l’Otan depuis sa creéation.
« On a l’Otan donc je ne pense pas qu’il va faire quoique ce soit ici (au Danemark). J’espère ! », se rassurait une retraitée danoise, Marianne Larsen, interrogée par l’AFP.
L’annonce fin décembre par Donald Trump de la nomination d’un envoyé spécial pour le Groenland avait déjà provoqué un accès de fièvre entre les deux pays.
Le Groenland répète ne pas être à vendre et vouloir décider seul de son avenir. En janvier 2025, 85% des Groenlandais s’étaient dits opposés à leur rattachement aux Etats-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise et groenlandaise. Seuls 6% y étaient favorables.
Fin mars 2025, le vice-président américain, JD Vance, avait provoqué un tollé en prévoyant de se rendre au Groenland sans y avoir été invité. Il y avait finalement renoncé pour se contenter de visiter la seule base militaire américaine du territoire.



