Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban et ses répercussions continuent de secouer l’économie mondiale.
Les craintes d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le commerce des hydrocarbures, ont provoqué mercredi une nouvelle hausse des cours du pétrole, le baril de Brent de la mer du Nord grimpant à plus de 119 dollars, au plus haut depuis 2022.
Selon un haut responsable de la Maison Blanche, Donald Trump a évoqué une possible prolongation « pendant plusieurs mois » du blocus américain des ports iraniens, devant des dirigeants du secteur pétrolier.
Les États-Unis veulent « activer la pression économique et les divisions internes (…) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l’intérieur », a réagi le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, appelant à l »unité ».
Les analystes redoutent une poursuite du verrouillage du détroit par Téhéran. « Cela suggère une impasse prolongée : les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n’émerge », expliquent Helge André Martinsen et Tobias Ingebrigtsen, chez DNB.
La flambée des prix de l’énergie menace de jeter plus de 30 millions de personnes dans la pauvreté dans le monde, a averti dans un entretien à l’AFP l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
« Pas d’espoir »
Les conséquences économiques se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l’avènement de la République islamique en 1979, selon plusieurs sites de suivi des changes.
Dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.
« L’idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n’avons pas non plus d’espoir quant à l’issue des négociations », confie Ali, architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l’AFP à Paris.
« Ils partent négocier et reviennent avec encore plus de sanctions, et les discussions portent toujours sur le nucléaire: on ne parle jamais des gens, de l’économie ou de la liberté », regrette-t-il, dans un pays sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.
Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n’arrivent toujours pas à s’entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan, pays médiateur.
Les Iraniens « ont intérêt à devenir intelligents, et vite ! », a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social.
Il a ensuite vanté l’efficacité du blocus naval américain dans un entretien avec le site américain Axios: « le blocus est un peu plus efficace que les bombardements ».
« Plus de risques »
Les Etats-Unis affichent leur scepticisme sur une nouvelle proposition de Téhéran pour débloquer le détroit d’Ormuz, qui, selon Axios, prévoirait de repousser à une date ultérieure les discussions sur le dossier nucléaire.
Ce sujet reste central pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent l’Iran de vouloir se doter de la bombe atomique – ce qu’il dément.
Selon le Wall Street Journal, le président américain estime via son blocus pouvoir forcer Téhéran à suspendre l’enrichissement de l’uranium pendant 20 ans, avant de strictes restrictions.
Il considère « que ses autres options — reprendre les bombardements ou se retirer du conflit — comportent plus de risques », selon des responsables américains cités par le WSJ.
Le responsable financier du Pentagone a de son côté évalué le coût de la guerre en Iran à 25 milliards de dollars jusqu’à présent, au cours d’une audition parlementaire aux côtés du ministre de la Défense Pete Hegseth.
« Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire? » a lancé ce dernier aux parlementaires.
Fustigeant des exigences « irrationnelles » de Washington, l’Iran réaffirme régulièrement son droit inaliénable au nucléaire civil, tout en jugeant « négociable » le taux d’enrichissement.
Menaces de la faim au Liban
Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées mercredi dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l’armée libanaise. La veille, des bombardements israéliens avaient fait 19 morts, dont trois secouristes en mission.
Le président Joseph Aoun a appelé Israël à « pleinement mettre en oeuvre » le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date.
Mais le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a menacé depuis le sud du Liban d’une poursuite des opérations « pour éliminer les menaces »
Dans un Liban plongé depuis des années dans une grave crise économique, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que 1,2 million de personnes (sur 4 à 5 millions d’habitants) étaient menacées d’insécurité alimentaire aiguë.



