Son mari inhumé dans un remblai illégal : l’improbable imbroglio juridique d’une habitante de Bora Bora

Publié le

Une habitante de Bora Bora fait face à une situation des plus improbables. Son mari, décédé en 2023, a été enterré dans un remblai déclaré illégal par une décision de justice remontant… à 2008. Un jugement rendu contre son époux dont la veuve n’avait pas été informée. De bonne foi, elle cherche aujourd’hui à s’y conformer et à remettre les lieux en état. Une régularisation qui passe par l’exhumation du corps du défunt. Mais les enfants d’un premier lit de celui-ci s’y opposent catégoriquement. Explications.

En janvier 2008, le tribunal administratif de Papeete avait condamné, à la demande de la Polynésie, un habitant de Bora Bora qui avait construit un remblai ainsi qu’un « ponton sur le domaine public maritime » sans aucune autorisation préalable.

La juridiction l’avait donc enjoint « à la démolition des ouvrages et des installations irrégulièrement édifiés sur le domaine public », ainsi qu’à « la remise en état des lieux », le tout assorti au paiement d’une amende de 100 000 francs. 

Mais l’intéressé ne s’était jamais mis en régularité jusqu’à son décès survenu…en novembre 2023. Là où l’affaire prend une tout autre tournure, c’est que l’homme a été inhumé dans ledit remblai, avec l’accord de la commune de Bora Bora. « C’est lui qui a avait fait ce remblai. Il voulait y être enterré », explique sa veuve à TNTV.

Peu après l’enterrement, celle-ci a découvert le jugement du tribunal administratif dont son défunt époux ne lui avait jamais parlé. « Je l’ai trouvé dans sa mallette », souffle-t-elle, « d’un côté je lui en veux un peu. C’est lourd ».

Car la condamnation est toujours applicable. Elle a donc entrepris des démarches pour régulariser sa situation. Elle a ainsi procédé d’elle-même, l’année dernière, à une remise en état partiel du site en démolissant une habitation et un garage qui y étaient édifiés.

« Je voudrais tourner la page » 

Mais pour ce qui est du remblai à proprement parlé, la situation s’est avérée bien plus compliquée. « J’ai fait une demande d’exhumation qui a été approuvée par tavana. Mais le jour de l’exhumation, il y a eu un conflit avec les enfants d’un premier lit. La police municipale a arrêté l’opération », indique-t-elle.

Selon elle, ces « enfants d’un premier lit (…) veulent récupérer le remblai car ils pensent qu’il est à eux » : « On leur a expliqué que le jugement est définitif et qu’il faut l’appliquer, mais ils ne veulent rien savoir ».

La veuve fait donc face aujourd’hui à un véritable casse-tête juridique, mais aussi administratif. Elle a depuis alerté les autorités du Pays de sa situation. Mais pour l’heure, le statuquo prédomine.  « C’est très long et ça ne bouge pas. Je voudrais tourner la page : faire exhumer mon mari et retirer ce remblai », dit-elle

Cette situation aurait pourtant pu, ou dû, être évitée. La Polynésie, via la Direction de l’équipement, était en effet parfaitement en droit, depuis la condamnation de 2008, de procéder elle-même à la remise en état des lieux avant de présenter la facture au contrevenant. Une démarche qu’elle n’a pourtant jamais entreprise. 

Dernières news

A lire aussi