Absences répétées, mensonges ou encore objets qui disparaissent : les signes d’une consommation d’ice en milieu professionnel ne se limitent pas aux changements de comportement les plus visibles. Pour aider les entreprises à mieux les identifier, Averii Pied a élaboré une formation consacrée aux stupéfiants dans le monde du travail.
« Le but, c’est de savoir repérer. Donc, pas forcément avec des signes visibles, c’est-à-dire la violence, tout ça. Non, ça va être vraiment plutôt des choses aussi un peu plus subtiles, des absences, on va dire, des mensonges, des choses qui disparaissent », explique la formatrice.
– PUBLICITE –
Son projet repose sur deux volets. Le premier consiste à sensibiliser les salariés sous la forme d’ateliers, tandis que le second doit permettre aux équipes d’acquérir des outils plus pratiques. « L’idée, c’est de professionnaliser un peu plus nos managers, nos collaborateurs, qui se retrouvent souvent un petit peu démunis face à un consommateur d’ice. Et donc, on ne sait pas comment réagir, comment agir, quoi faire, qui contacter », souligne Averii Pied.

La formation est née de demandes formulées par plusieurs entreprises souhaitant aller au-delà de la seule sensibilisation. Les responsables cherchent notamment à savoir comment réagir, identifier une situation préoccupante et orienter les personnes concernées vers les structures compétentes.
À son compte depuis bientôt deux ans, Averii Pied, intervient dans plusieurs domaines liés à l’insertion professionnelle et à la réhabilitation, notamment dans au centre de détention Tatutu et au centre d’accueil Te Vai-ete. Elle a auparavant travaillé dans les secteurs privé (bancaire) et public (pour le pays). Son engagement contre l’ice est également lié à son histoire personnelle et à l’accompagnement de familles touchées par la consommation de stupéfiants.
« Ça fait deux ans que j’accompagne, que j’ai monté des groupes de parole pour les familles qui sont touchées par l’ice, de très près. Parce que moi, j’ai un proche qui a été victime également, qui était consommateur d’ice. Avec mon expérience terrain, mais également avec l’accompagnement de professionnels, j’ai voulu répondre à ce besoin, parce que je suis également formatrice de profession », témoigne-t-elle.
Si sa formation se concentre en particulier sur l’ice, Averii Pied rappelle que cette drogue ne peut pas être abordée indépendamment des autres substances consommées au fenua. « C’est vrai qu’on parle de l’ice aujourd’hui, un peu moins peut-être du paka, mais pour moi, l’alcool et le paka sont également des liens vers l’ice. Quand on parle de l’ice, on parle aussi de toutes les substances autour, donc le paka, et du coup l’alcool aussi, donc l’alcool qui est autorisé et vendu dans les magasins. (…) De mes ressentis et des expériences, l’alcool et le paka sont un lien et un pont vers l’ice ».

Concernant le nombre de consommateurs d’ice en Polynésie, Averii Pied appelle à la prudence. Elle souligne qu’aucun chiffre officiel n’a, à sa connaissance, permis de mesurer précisément l’ampleur du phénomène. « Il est vrai qu’on dit beaucoup de chiffres, mais moi, je préfère rester dans la réserve, parce que rien n’a été vérifié. Rien n’a été, on va dire, tracé, parce qu’il est difficile aujourd’hui, justement, de tracer qui consomme, qui trafique (…) Moi, mon but, c’est d’agir auprès des consommateurs potentiels aujourd’hui », indique-t-elle.
« On parle plus de l’ice, mais du coup, ça fait beaucoup plus peur aux gens. Moi, je viens également dédiaboliser un petit peu tout ça, c’est de dire que, OK, on a ça qui se passe chez nous, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Je viens avec des solutions concrètes, et puis comment les mettre en place auprès de nos entreprises. Donc là, c’est le cas avec les entreprises, mais également auprès de familles, auprès de foyers, auprès d’associations » ajoute Averii.
La formatrice souhaite avant tout proposer des réponses concrètes, aussi bien aux entreprises qu’aux familles, aux foyers et aux associations. Une démarche complémentaire, selon elle, au travail déjà mené par la Fédération citoyenne polynésienne de lutte contre les drogues et la toxicomanie, dont elle est partenaire.
« La consommation d’ice ne va pas s’arrêter uniquement à la porte de l’entreprise. On parle d’éducation à la séance plénière d’aujourd’hui au Cesec, moi le but c’est d’aller parler éducation, éducation de nos managers, des collaborateurs, des entreprises, d’aller encore plus loin. »
La formation pourra être organisée sur une demi-journée ou une journée complète et adaptée aux besoins de chaque structure. Des ateliers de sensibilisation pourront également être proposés en amont.
« À la fin, en de chaque atelier de sensibilisation, j’ai toujours cette question : on fait quoi maintenant avec ces infos ? », résume-t-elle.
Averii Pied souhaite dans un premier temps s’adresser au secteur privé. Plusieurs entreprises ont déjà été identifiées, notamment celles qui l’ont sollicitée : « Dans l’administration publique, des équipes se chargent déjà de faire le travail, de faire monter en compétence les agents de l’administration publique territoriale. Moi, je commence par le secteur privé, et puis ça n’empêche que j’ai des partenariats également avec les institutions, donc avec le pays aussi ». Le déploiement de la formation est prévu en 2027.



