À quoi ressemblera le climat polynésien en 2100 ? Cartes et graphiques à l’appui, Jérémy Guerbette, ingénieur en changement climatique chez Météo-France, a présenté ce jeudi matin lors d’une conférence de presse les projections établies pour le fenua. Elles font état d’une hausse des températures de 1,6 °C dans 25 ans et de 2,3 °C à la fin du siècle.
Toutes les îles ne seront toutefois pas touchées de la même manière. « Ces élévations de températures, en tout cas, le dépassement de ces seuils, vont devenir notamment importantes au nord des Australes, sur tout ce qui est Société, Tuamotu Nord-Ouest et Marquises. Et les Australes et les Gambier, même s’ils ne vont pas être épargnés par l’augmentation des températures, seront un peu plus épargnés par le dépassement de ces fortes températures. »
Au-delà de la hausse du thermomètre, la communauté scientifique redoute surtout la combinaison de la chaleur et de l’humidité. « Là où il va falloir se poser des questions, c’est sur l’hyperthermie. L’hyperthermie, ça va être le croisement des fortes températures avec des fortes humidités. Aujourd’hui, on voit que pendant la saison chaude, quand on dépasse 32 degrés à 80-90 % d’humidité, ça devient compliqué à l’extérieur. Donc il va falloir imaginer un monde où ça sera à 90 % d’humidité, mais à 34-35 degrés. »
Les journées caniculaires pourraient ainsi s’accompagner de nuits tout aussi éprouvantes. Actuellement au nombre de 30 par an, ces nuits particulièrement chaudes pourraient être cinq fois plus nombreuses d’ici la fin du siècle.
Face à ces projections, un changement des habitudes apparaît nécessaire. « On a tendance à toujours reporter la faute sur l’autre, sur les autres pays émetteurs. Pourtant, on est tous collectivement et individuellement responsables. Aujourd’hui, en Polynésie française, par individu, on fait partie des plus gros émetteurs de CO2. Ce sont nos habitudes de vie, le fait qu’on importe beaucoup et qu’on est très dépendants pour nos déplacements et pour notre énergie aussi, au pétrole. »
À l’augmentation des températures s’ajoutera celle du niveau des océans. Selon les projections présentées, la montée des eaux pourrait atteindre environ 60 centimètres d’ici 2100, avec une hausse annuelle comprise entre 2 et 6 millimètres selon les archipels. Une évolution déjà prise en compte par les autorités du Pays.
« C’est un travail qui est en cours. On a déjà mis à jour le plan de prévention des risques en interne au sein de l’administration, en fonction des projections en matière d’élévation du niveau de l’eau et de leur incidence sur les risques d’inondation. C’est pris en compte dans toutes les études qui sont effectuées par nos prestataires, notamment les bureaux d’études qui servent à concevoir les ouvrages d’art, par exemple, donc les ponts et les bâtiments qui sont érigés », indique Jordy Chan, ministre des Grands travaux, en charge des Transports terrestres et maritimes.
Pour permettre au grand public de suivre l’évolution du climat, Météo-France met également à disposition son site Climadiag.



