Moins de frais, une carte Visa, des services sécurisés et la possibilité d’investir dans les cryptomonnaies… De plus en plus de Polynésiens sont attirés par des établissements de paiement proposant de sortir du système classique.
Créée en 2023 par quelques anciens de Revolut, Deblock compte à ce jour plus de 70 000 clients au fenua. Il y a peu, son P-dg Jean Meyer, invité du Polynesian Islands crypto Summit (PICS), ne cachait pas ses ambitions : « on doit être la 3e institution financière du Pays et c’est arrivé en un an. Le but est de devenir premiers dans les six prochains mois », confiait il au micro de TNTV dans l’émission Meta Fenua.
D’autres fintech font peu à peu leur apparition. Egalement présent lors du PICS, le groupe AuCoffre propose d’investir dans l’or. Son entité VeraCash permet même d’avoir une carte de crédit. Mais au lieu de dépenser des francs Pacifique, de l’euro ou des dollars, vous réglez vos achats en métaux précieux.
Et Crypcool, la branche « crypto » de AuCoffre, permet d’investir dans l’or via le VeroOne, un actif numérique valant 1g d’or physique. De nouvelles manières de placer ses économies hors banques classiques. « En tokenisant l’or, nous le rendons accessible à tous : chacun peut détenir une fraction d’or physique, à partir de montants minimes et sans contrainte de stockage, explique Alexis Boeglin, directeur des opérations de Crypcool. Divisible, disponible 24h/24 et transférable instantanément, cet or devient un véritable actif utilisable au quotidien et directement échangeable contre d’autres crypto-actifs. La blockchain transforme ainsi une valeur refuge millénaire en un instrument liquide, fractionné et pleinement intégré à l’économie numérique. »
Avantage pour le client : l’or est une valeur refuge. « C’est un excellent moyen de se protéger de l’inflation », souligne Alexis. Lorsque les monnaies perdent de leur pouvoir d’achat, la quantité d’or dans le monde reste limitée. Son prix a donc tendance à grimper, ce qui préserve le capital.
AuCoffre s’intéresse de près au fenua. « Nous avons déjà quelques clients polynésiens », affirme Alexis. Le but est de faciliter l’accès à l’or aux habitants du territoire. L’achat en ligne est possible à partir d’une dizaine d’euros (environ 1000 Fcfp).
« les banques traditionnelles ne répondent ni aux mêmes réalités ni aux mêmes besoins«
L’arrivée de ces nouveaux acteurs ne semble pas inquiéter nos banques traditionnelles locales. « Nous ne craignons pas de perdre notre clientèle à partir du moment où nous considérons que les néobanques et les banques traditionnelles ne répondent ni aux mêmes réalités ni aux mêmes besoins, indique le comité local de la Fédération bancaire française (FBF) dans une réponse écrite à nos sollicitations. Les néobanques apportent des solutions intéressantes, notamment en matière de simplicité, de rapidité et de services digitaux. Elles répondent aux attentes de certains clients pour des usages du quotidien mais dans des situations très limitées. De notre côté, nous continuons à accompagner les clients dans les moments importants de leur vie : acheter un logement, financer une entreprise, préparer sa retraite ou faire face à un imprévu.«
La Fédération rappelle également que les banques traditionnelles locales proposent un accompagnement physique en agence parfois en tahitien ou marquisien et qu’elles participent à la vie économique du fenua. « Les banques polynésiennes emploient plus de 1 000 salariés qui contribuent directement à la vie économique du pays en payant leurs impôts et en consommant localement ».
Mais les fintech ont de la ressource et des projets. Deblock prépare par exemple la sortie de comptes professionnels et n’exclut pas un jour d’accorder des prêts. Un bureau a également ouvert ses portes à Papeete et des emplois sont envisagés. Idem pour AuCoffre. Quant à la startup polynésienne NiuPay, elle emploie déjà dans ses bureaux des salariés du fenua, et compte bien, elle aussi, diversifier ses activités.
« Tandis que les néobanques ciblent souvent des clients particuliers, les banques polynésiennes financent des projets structurants pour l’économie locale et accompagnent l’ensemble de la clientèle, ajoute la Fédération. Elles jouent également un rôle important en matière d’inclusion bancaire et financière. Tous les clients ne sont pas à l’aise avec les outils numériques, et certains publics – personnes âgées, personnes fragiles ou habitants des zones et îles éloignées – ont besoin d’un accompagnement de proximité et d’offres construites spécifiquement pour répondre à leurs besoins. »
Concernant AuCoffre, la FBF estime que ces offres « peuvent répondre à certains besoins, notamment celui de diversifier son épargne ou d’accéder à de nouveaux outils financiers. Cependant, il est important que les clients aient conscience des risques. Sortir une partie de ses fonds du système bancaire classique peut signifier perdre certains niveaux de protection et d’accompagnement ».
Et les frais dans tout ça ? Car si une banque traditionnelle rassure, accompagne et sécurise, elle a également un coût pour ses clients. Des frais qu’on ne retrouve quasiment pas chez les fintech de la place. « Il est vrai que les banques traditionnelles ont souvent des frais plus élevés que ces nouveaux acteurs financiers, admet la Fédération. Cela s’explique notamment par leur modèle : elles emploient davantage de salariés, entretiennent un réseau d’agences étendu, investissent dans l’accompagnement des clients et dans la sécurité informatique, respecte des obligations réglementaires très strictes et supportent des coûts de fonctionnement importants (salaires, cotisations sociales, fiscalité ou encore frais de mise en conformité réglementaire). Ces coûts financent ainsi des services que les nouveaux acteurs financiers ne proposent pas : un conseiller clientèle pour accompagner son projet immobilier, un financement pour une entreprise, une sécurité financière ou encore une présence physique sur l’ensemble du territoire en cas de difficulté. »
Les banques locales assurent néanmoins travailler à « des services et des applications encore plus performants à l’image des virements instantanés, d’une ouverture de compte simplifiée et conforme ou encore des services accessibles à distance et 24h/24 sur tout le fenua.
L’arrivée de nouveaux acteurs financiers permet donc justement aux banques traditionnelles d’accélérer leur transformation pour offrir un service encore meilleur à leur clientèle ».



