Leurs îles sont séparées par des milliers de kilomètres d’océan, mais leurs histoires présentent de nombreuses similitudes. Le Polynésien Mate et le Taïwanais Cudjuy Patjidres se sont rencontrés en 2018 lors d’un festival organisé à Moorea. Depuis, les deux tatoueurs entretiennent une amitié fondée sur une même mission : préserver et transmettre les savoirs ancestraux liés au tatouage traditionnel.
« Taïwan et Tahiti ont un lien au niveau des migrations. Cela a été prouvé scientifiquement qu’on vient tous de Taïwan. On a pu échanger énormément sur les motifs, les symboliques, les techniques, l’évolution par rapport à la pratique sur les aiguilles à usage unique, du tatouage à l’os… » indique Mate.
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Pour Cudjuy Patjidres, le tatouage dépasse largement la dimension artistique. À Taïwan, cette pratique traditionnelle a disparu pendant plusieurs décennies après avoir été interdite sous la domination japonaise. Le tatoueur s’est donné pour mission de contribuer à sa renaissance : « Autrefois, lorsque d’autres pays ont pris le contrôle de Taïwan, les autorités ont interdit la pratique du tatouage traditionnel car ils considéraient cela comme quelque chose de laid. Les gens n’avaient donc plus le droit de tatouer, ce qui a entraîné la disparition progressive de cette tradition. Alors, quand j’ai appris l’art du tatouage traditionnel, le tatouage réalisé par la technique du tapotement, je me suis senti investi d’une responsabilité, celle de transmettre aux générations suivantes afin de faire renaître cet art qui avait été interdit ».
Une histoire qui trouve un écho particulier au fenua. Au XIXe siècle, le tatouage mā’ohi a lui aussi été interdit sous l’influence des missionnaires avant de retrouver progressivement sa place au cœur de l’identité culturelle polynésienne. Pour Mate, chaque motif porte une histoire et participe à la transmission entre les générations. « Tous les motifs de chaque archipel, dans tout le Pacifique, ils sont tous beaux. Ils ont leur construction, ils ont leur histoire. Ils ont leur emplacement. Je trouve personnellement que tous les motifs ont leur beauté propre. On essaie de remettre un peu en avant le travail des motifs des îles de la Société. Aujourd’hui, il y a quand même une demande de la population de revenir sur ce genre de motif ».
Cette année, les deux artistes figurent parmi la trentaine de tatoueurs et tatoueuses réunis au Pacific Tatau Festival. L’événement, qui se déroule du 3 au 7 juin au parc Vairai de Punaauia, met à l’honneur les différentes traditions du tatouage océanien. Au programme : tatouages en direct, démonstrations de techniques ancestrales, conférences, expositions et rencontres avec des artistes venus de plusieurs territoires du Pacifique.
Au-delà des différences de styles ou de symboles, Mate et Cudjuy défendent une même vision du tatouage : celle d’un art vivant, porteur d’identité et de mémoire. « J’ai vraiment ressenti le besoin de revenir en Polynésie parce que nous faisons tous partie de la même famille. Je souhaite transmettre ce savoir aux jeunes générations afin qu’elles puissent l’apprendre à leur tour et ainsi de suite. C’est important pour la sauvegarde de cet art » confie le tatoueur taïwannais.
« On va échanger culturellement, que ce soit au niveau des motifs, des histoires, des légendes… Ce genre d’événement, c’est aussi fait pour rassembler les différentes communautés du Pacifiqu, et que les gens puissent se rendre compte que finalement, malgré l’éloignement qu’il peut y avoir dans le Pacifique, on est un même peuple » ajoute Mate.
Le Pacific Tatau Festival se poursuit jusqu’à dimanche au parc Vairai. L’occasion pour le public de découvrir la richesse des traditions du tatouage du Pacifique.



