80 ans du retour à Papeete : le chant oublié des Tamari’i Volontaires

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À l’occasion des 80 ans du retour à Papeete des Tamari’i volontaires du Bataillon du Pacifique, un chant polyphonique composé en 1946 pour leur accueil a été enregistré pour la première fois. Retrouvé dans les archives par Jean-Christophe Shigetomi, ce himene oublié reprend vie grâce au groupe Reo Papara, dans un travail de transmission et de mémoire.

Dans l’intimité d’un studio d’enregistrement, les voix s’élèvent et redonnent vie à une page oubliée de l’histoire polynésienne. Une polyphonie puissante, fidèle aux racines du himene, fait renaître l’émotion du retour des Tamari’i volontaires du Bataillon du Pacifique à Papeete, il y a 80 ans.

Tout commence par une découverte dans les archives : un dossier contenant le programme d’accueil du 5 mai 1946, ainsi que les paroles d’un chant composé spécialement pour célébrer le retour des anciens combattants polynésiens. « Cela me touche terriblement, parce que j’ai donné 15 ans de ma vie pour la mémoire des Tamari’i volontaires. C’est un chantier que j’ai ouvert il y a 15 ans. Et comment mieux le refermer qu’avec ce retour » confie Jean-Christophe Shigetomi, auteur et passeur de mémoire.

Pour redonner une mélodie à ces paroles restées silencieuses pendant des décennies, il fallait se tourner vers ceux qui maîtrisent encore les codes du chant traditionnel. Mike Teissier et son groupe Reo Papara ont relevé le défi. « En faisant la diction, on voyait que ça tombait pile sur la diction d’un Tarava Tahiti, et vu que c’était Tamarii Mataiea donc je lui ai dit qu’on pouvait se proposer de faire une proposition d’une mélodie Tarava Tahiti, et ainsi essayer d’écouter au plus près ce qu’on aurait pu, en fait, entendre avec ces paroles« .

Le professeur de chant y reconnaît immédiatement la signature des pupu himene de Mataiea. Avec son groupe, il parvient à remettre ces paroles en musique, au plus près de ce qu’elles ont pu être à l’époque.

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Les chanteurs de Reo Papara ont accepté sans hésiter de participer à ce projet, malgré un délai serré. Une opportunité aussi de réunir à nouveau le groupe autour d’un travail vocal différent des préparations habituelles du Heiva. « En fait, c’est pas qu’il est difficile, mais il n’a pas la même façon de procéder que le Heiva, du style des strophes de six lignes. Là, on a eu deux strophes avec beaucoup de phrases, mais bon, Mike a été sympa, il met des points pour dire qu’il faut s’arrêter là, qu’il faut insister sur telle ou telle partie de la phrase » admet Cathy Tetaria, membre du groupe Reo Papara.

Au-delà de l’enregistrement, ce projet marque l’aboutissement d’un long travail de mémoire. Une façon de préserver un patrimoine immatériel lié à l’histoire des Tamari’i volontaires et de transmettre cet héritage aux générations futures. « Pour moi, c’est patrimonial. C’est-à-dire que maintenant, il y a 80 ans, nos grands aînés sont revenus, du moins pour ceux qui avaient survécu. On a créé des chants pour eux, avec des paroles pour eux. Donc c’est inscrit dans l’histoire. Et il faut que ça reste sur un plan patrimonial, dans nos archives, pour les générations de demain » ajoute Jean-Christophe Shigetomi.

Ce chant retrouvé est désormais enregistré. Comme un écho du passé, aujourd’hui de nouveau entendu.

À noter qu’une exposition est en préparation à la Présidence de la Polynésie française. Elle ouvrira à partir du 5 mai, tandis que d’autres manifestations sont également prévues pour commémorer cet anniversaire.

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