TNTV : Avant d’évoquer d’autres sujets, quel regard portez-vous sur le divorce acté entre les deux camps indépendantistes ? Est-ce de bon augure pour la gestion du Pays, selon vous ?
Christophe Plée : « Non, pas du tout. Mais en même temps, de notre côté, pour les entreprises, quand on se focalise sur les petits patentés, les chefs d’entreprises, ils sont plus de 36 000 en Polynésie, qu’on tape dessus sans arrêt, parce que je pense que le divorce est consommé entre les chefs d’entreprises, les patentés et le gouvernement. On participe aussi aux résultats des élections. Les chefs d’entreprises n’ont plus confiance dans ce gouvernement et sont contre cette réforme du RNS depuis le départ. Et j’ai l’impression qu’ils l’ont fait savoir ».
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TNTV : Justement, cette réforme vous vous y êtes opposé depuis longtemps. Vous venez de déposer un nouveau recours. En quoi consiste-il ?
Christophe Plée : « On attaque la forme, puisque le fonds a été validé en grande partie. La forme, pour nous, n’a pas été respectée dans la promulgation de la loi de Pays. Il fallait, pour nous, repasser devant l’Assemblée de Polynésie. Donc, c’est ce qu’on essaie de défendre. Et donc, on est vraiment sur de la pure forme. Ce n’est pas ça qui va annuler la loi, mais qui va la repousser, en tout cas. Et puis, j’ai l’impression que d’autres personnes vont se saisir du sujet. Je crois qu’on n’a pas fini encore sur ce RNS, parce que les chefs d’entreprises et les patentés ne veulent pas de cette réforme. Ils sont allés trop loin. Ils sont sur un modèle métropolitain qui consiste à mettre de l’impôt et toujours plus d’impôt sur les entreprises, sur des gens qui travaillent 14, 15, 16 heures par jour. On le voit bien sur les réactions de nos adhérents, qui sont furieux contre cette réforme. Et donc, on n’en a pas fini ».
TNTV : Entendent-ils la volonté d’équité évoquée par le gouvernement ?
Christophe Plée : « Mais il n’y a pas de volonté d’équité. Où il y a de l’équité ? Vous demandez à des gens qui prennent tous les risques, qui montent leur entreprise, qui, parfois, n’ont pas touché d’argent pendant des années, qui travaillent 15 heures par jour le samedi et le dimanche. Et vous parlez d’équité, mais par rapport à qui ? À qui et comment, Athéna ? »
TNTV : C’est le gouvernement qui défend cette idée d’équité…. Il y a des plafonds, tout de même. 3,6 millions pour les revenus locatifs immobiliers, 1,2 million pour les revenus locatifs « biens meubles ». Ce n’est pas suffisant ?
Christophe Plée : « Non, ce n’est pas suffisant parce qu’on considère que, nous, être un chef d’entreprises, c’est investir toute sa vie pour la Polynésie. Je voudrais vous rappeler quand même que la richesse de la Polynésie, ce sont ses entreprises et ses PME, TPE. Et s’il n’y a pas de gens qui prennent les risques pour monter ces entreprises, on ne crée pas d’emploi et on ne crée pas d’activité. Le gouvernement a repris le modèle métropolitain. Pour un gouvernement indépendantiste, c’est un peu rigolo, mais nous, ça ne nous fait pas rire. C’est un modèle qui ne fonctionne pas en métropole. 3 600 milliards de dettes en métropole. Tous les comptes sont en rouge. Donc, qu’est-ce qu’on fait ? On copie parce qu’on ne sait pas quoi faire. On copie exactement le même modèle qu’en métropole. Et on essaie de le mettre en plein milieu du Pacifique où, effectivement, on avait un petit peu plus de liberté de par notre statut. Et on était une Polynésie qui était attractive d’un point de vue fiscal. Aujourd’hui, c’est terminé ».
TNTV : Craignez-vous que cela freine l’investissement ?
Christophe Plée : « Bien sûr. Ce gouvernement n’a pas de projet. D’ailleurs, on le voit. L’actualité nous donne raison. Il n’a pas de cap. Le cap, c’est que le marché du travail est complètement dérégulé : travail au noir, travail clandestin, aucune rentrée pour la CPS. Le tourisme. On nous parle de 600 000 tourismes. On passe maintenant à 400 000. Et tant qu’on n’aura pas construit des hôtels, on n’aura pas des projets, je peux vous garantir que l’objectif du tourisme ne sera jamais atteint. Je dis bien jamais. Donc, si vous voulez, il y a plein de choses comme ça. Aujourd’hui, on est dans une situation critique parce qu’il faut intervenir sur les carburants. On met 13 milliards. Mais j’ose vous rappeler qu’il faut aussi aller combler tous les satellites qui sont déficitaires : ATN, l’OPT, l’OPH ».
TNTV : Que pensez-vous du fait que le gouvernement ait abondé le FRPH, le Fonds de régulation des prix des hydrocarbures ?
Christophe Plée : « C’est bien. C’est une situation de crise et cela protège les Polynésiens. Je ne suis pas contre. Sauf qu’à un moment donné, on ne fait pas de projet avec de la valeur ajoutée. On ne va que compenser les pertes de nos établissements publics et aider les Polynésiens. C’est bien, mais à un moment donné, il faut aussi avoir des projets à forte valeur ajoutée pour la Polynésie française ».
TNTV : On a évoqué la réforme du RNS, mais il me semble qu’il y a une autre réforme dans les tuyaux….
Christophe Plée : « Oui, l’impôt sur les transactions qui est en préparation au ministère de l’Économie. On va transformer l’impôt sur les transactions sur un simili IS, l’impôt sur les sociétés. Et je vous annonce que la douloureuse n’est pas terminée pour les chefs d’entreprises et pour les patentées ».
TNTV : Concrètement, comment cela va se traduire ?
Christophe Plée : « Il va y avoir des taxations qui sont prévues sur les SCI. Donc on attend le projet définitif, mais d’ores et déjà, les organisations patronales sont vent-debout. On trouve que ça fait beaucoup. On aimerait bien qu’on laisse un petit peu les chefs d’entreprises tranquille et qu’on revienne à quelque chose de plus polynésien. Aujourd’hui, on veut rentrer de l’argent. On confond. On avait avant la fiscalité à la DICP. Maintenant, la fiscalité, elle sera à la CPS. Donc les Polynésiens ne comprennent plus rien et ils vont à la CPS. La CPS n’est pas prête. Ils ne comprennent plus rien lorsqu’on demande de déclarer puisqu’il y a toujours quelque chose qui vient se rajouter dans les formulaires. Les gens n’y comprennent rien et donc nous, ce qu’on demande, c’est le retrait de ce texte. Quand on n’est pas capable de mettre un texte simple. On fait autre chose. On nous met un impôt sur la DICP. Créer un nouvel impôt à la DICP qui soit clair. On met un impôt à la DICP. Les Polynésiens ont l’habitude de payer à la DICP. Il n’y aura pas de problème ».



