Tout commence plusieurs semaines avant le décollage, dans les bureaux d’Air Tahiti. Moevai Hauata et ses équipes organisent un vol cargo sur mesure entre Tahiti, Fakarava et Raiatea.
Disponibilité de l’appareil, coordination des équipes, respect des contraintes : chaque détail est anticipé. « On part à 7h05 pour revenir sur Papeete à 14h35. Notre priorité, ça va être d’impacter le moins possible le programme existant, avec les vols réguliers. On va devoir faire plusieurs ajustements, plusieurs échanges avec tous les services concernés par cette demande pour essayer de respecter les contraintes de tout le monde et afin de pouvoir rendre ce vol réalisable. », explique Moevai.
Avant même le départ, l’appareil doit être transformé. La veille, l’ATR-72 est entièrement reconfiguré : les sièges sont retirés pour faire place à la cargaison. « On reste à peu près dans les mêmes capacités de charge, c’est-à-dire 6 à 7 tonnes », précise-t-elle.

Le jour J, direction Fakarava. Sur place, les équipes de l’écloserie sont mobilisées dès l’aube pour préparer les naissains de nacre. « C’est toute une organisation avec Air Tahiti. Il faut prévoir six mois à l’avance pour avoir les dates. Même avec les équipes sur place, on se prépare plusieurs semaines à l’avance pour que tout soit vraiment organisé pile-poil et qu’on soit à l’heure », explique Ana, de l’écloserie de Fakarava.
Une fois contrôlés, les deux cents bacs sont embarqués puis soigneusement installés à bord. Les agents vérifient que tout est bien arrimé, pour éviter le moindre mouvement pendant le vol. Car la moindre erreur pourrait compromettre la cargaison, et la sécurité du vol. « Il en va la sécurité, la sûreté de nos avions et de la marchandise qu’on envoie sur Raiatea. », rappelle Jean-Yves Iutoa, chef d’escale à Fakarava.
Après un peu plus d’une heure de vol, l’appareil atterrit à Raiatea, où six puériculteurs attendent la cargaison. Mais le temps presse : les nacres, sorties de l’eau depuis plusieurs heures, doivent être remises en mer rapidement. « Pour décharger 5 à 6 tonnes de nacre, c’est 45 minutes à une heure. De toute façon, il ne faut pas traîner » , explique Steeve Chong Hue, responsable sur le tarmac de Raiatea.

« On va essayer de faire ça en deux heures, sachant qu’on a au moins 40 minutes de bateau à faire pour arriver. Après, on les met dans les paniers pour les protéger » , précise Landry, perliculteur de Raiatea.
Transportées avec précaution et régulièrement humidifiées, les nacres sont acheminées sans délai vers les fermes perlières. Malgré des pertes inévitables et un coût important, ce transport aérien reste aujourd’hui la seule solution pour relier efficacement les archipels.


Depuis le début de l’année, trois opérations similaires ont été réalisées, permettant d’acheminer plus d’un million de nacres vers Raiatea en seulement trois mois. Une logistique de précision au service d’un secteur clé de l’économie polynésienne.



