Moins de taro, poissons, légumes et plus d’aliments importés, riches en graisses, sucres, sel… L’alimentation de la population polynésienne s’est profondément transformée en l’espace de quelques décennies relève la Chambre territoriale des comptes dans son rapport sur la santé publique en Polynésie. À cela s’ajoutent une modification des modes de vie, plus sédentaire, l’urbanisation croissante, le vieillissement de la population, la préarité, le tabagisme, une activité physique insuffisante… Autant de facteurs qui expliquent la montée en puissance au fenua des pathologies chroniques non transmissibles. Deux inquiètent particulièrement : l’obésité et les cancers.
« La progression continue des pathologies chroniques, en particulier de l’obésité et des cancers, constitue un facteur majeur de dégradation de l’état de santé de la population. Cette dynamique affecte précocement les jeunes et les femmes, entraînant notamment des comorbidités dès l’adolescence ainsi que des pertes de chance thérapeutiques », souligne le rapport.
Concernant les cancers, les données issues de l’Institut du cancer de la Polynésie française montrent « que l’âge moyen au moment du diagnostic est significativement plus bas qu’en France hexagonale », est-il mentionné dans le rapport. « Entre 2015 et 2019, l’âge moyen au diagnostic s’élevait à 66 ans chez les hommes et à 58 ans chez les femmes, contre respectivement 68 et 67 ans en France hexagonale. Cette précocité s’observe également dans les cas de cancers gynécologiques : en Polynésie française, 35,6 % des cancers du sein sont diagnostiqués avant l’âge de 50 ans, contre seulement 20 % dans l’hexagone. Le cancer du col de l’utérus et celui du corps utérin présentent également des taux d’incidence élevés, avec une surreprésentation chez les femmes de moins de 60 ans ».

Selon la CTC, en 2022, « les pathologies chroniques ont absorbé 72 % des dépenses d’assurance maladie en Polynésie française, soit 43,7 milliards de Fcfp sur 60,4 milliards de Fcfp À eux seuls, cette même année, les cancers ont représenté une dépense de 12,5 Milliards de Fcfp ».
Manque de chiffres
Des actions de prévention sont bien mises en place mais, « sans suivi de résultat » déplore l’institution. Les données publiques notamment sur l’obésité, datent de plusieurs années. La Chambre relève ainsi que les coûts liés à l’obésité restent « mal évalués et les surcoûts évitables dus aux retards de diagnostic et aux prises en charge tardives ne sont pas documentés ».
Par ailleurs, aucun bilan chiffré global n’a permis d’évaluer l’efficacité des campagnes de prévention en milieu scolauire et professionnel, ni l’effet sur les comportement. Il n’existe pas non plus de « mécanisme de comparaison entre les campagnes ou de mesure de leur portée sur les différents segments de la population, notamment chez les jeunes ». Difficile ainsi d’y voir clair.
« La qualité des politiques publiques de santé dépend étroitement de la disponibilité de
données fiables, complètes, actualisées et partagées », souligne la Chambre.
La CTC estime que des tensions structurelles persistent, « que seules des réformes systémiques permettront de dépasser ».
La réponse sanitaire publique repose « largement sur le centre hospitalier de la Polynésie française, qui concentre la majorité des prises en charge complexes, note enfin la CTC. Son rôle pivot dans un environnement marqué par l’éloignement géographique et les disparités territoriales appelle une modernisation de sa gouvernance, un renforcement de ses capacités d’action, notamment via la création d’unités spécialisées. »



