Les requins du fenua, pêchés à la ligne ? Les saisies de cocaïne en pleine mer par les services de l’État dans la zone maritime de la Polynésie française (11,5 tonnes au total en quelques semaines) et l’utilisation accrue de semi-submersibles par les trafiquants internationaux confirment que le Pacifique-Sud est devenu une autoroute de transit vers les marchés lucratifs d’Australie et de Nouvelle-Zélande.
De quoi inquiéter les autorités luttant contre le narcotrafic, mais pas seulement. Interviewée par le média Australien ABC News, Natascha Wosnick, zoologiste et spécialiste de la vie marine à l’Université fédérale du Paraná (Brésil), s’émeut de la méthode employée pour détruire les cargaisons, en l’occurrence en les immergeant directement sur zone.
Si le Haut-commissariat n’avait pas précisé comment les 4,87 tonnes du MV Raider, en janvier, avaient été détruites, il avait indiqué que les 4,24 tonnes saisies le 2 février l’avaient été en dehors de la ZEE, loin de toute aire marine protégée.
Selon la chercheuse, le rejet massif de substances psychoactives dans un point précis de l’océan n’est pas sans conséquence. « Les courants sont partout, et si quelqu’un déverse une énorme quantité de drogue dans l’océan Pacifique, elle peut se propager très loin et affecter la faune sauvage de manières que nous ne comprenons toujours pas (…). Les requins et les autres espèces marines ne sont pas physiologiquement équipés pour filtrer de telles drogues de leur système », explique-t-elle à ABC.
Elle rappelle en outre que ses travaux aux Bahamas, et ceux de ses collègues au Brésil (l’étude brésilienne de l’Insitut Oswaldo Cruz, « Cocaine Sharks », menée entre 2021 et 2023) ont mené à des découvertes stupéfiantes dans le sang et les tissus des squales : des traces de cocaïne, mais aussi de caféine, d’antidépresseurs et de pilules contraceptives
« Nous avons toujours pensé que c’étaient (les Bahamas, ndlr) un endroit vierge et bien préservé, et nous avons trouvé ces drogues illicites de manière constante dans diverses espèces animales » , ajoute-t-elle. Et de conclure que les forces de l’ordre devraient trouver de meilleures solutions que de « détruire les drogues en mer » .
Les effets comportementaux immédiats (agressivité ou léthargie) sur les requins ne sont toutefois pas encore documentés.



