Condamné le 11 février 2025 à huit années de réclusion criminelle pour le viol d’une touriste américaine, un homme aujourd’hui âgé de 31 ans comparaît de nouveau devant la cour d’assises. Les faits, pour lesquels il encourt jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle, remontent au 16 décembre 2022.
Ce jour-là, en milieu d’après-midi, une Américaine de 36 ans se présente à la gendarmerie de Taravao pour déposer plainte. Arrivée à Tahiti le 5 décembre, elle faisait du baby-sitting pour une famille américaine, amarré à Phaéton. Pour sa première journée libre, elle décide de partir en randonnée. Ne trouvant pas le départ du sentier, elle scrute la carte sur son téléphone, lorsqu’un homme en scooter s’arrête devant elle, sur le bas côté. Elle lui montre la carte et comprend qu’il peut la déposer au niveau du départ.
Pas inquiétée par cet homme qui lui paraît « inoffensif » , elle monte et prend quelques vidéos pour Instagram, avant de constater qu’ils avancent dans la mauvaise direction. Elle s’interroge, puis s’inquiète, et « saute » du deux-roues, en marche lente. Elle lui indique un supermarché, cherchant à se mettre en sécurité, puis remonte sur le scooter. C’est là, raconte-t-elle, que l’homme bifurque brusquement vers une servitude, où se trouve une maison abandonnée en contrebas.
Lorsqu’elle tente d’utiliser Google Translate, pensant résoudre le problème de communication, il repousse son téléphone. Elle explique avoir envisagé de courir jusqu’à la route. « J’ai compris qu’il était plus fort que moi, que j’étais en danger », dit-elle. « À ce moment, tout ce à quoi je pensais, c’était quoi faire pour me sortir de là ».
Elle affirme avoir ensuite crié à l’aide « 5 ou 6 fois », avant que l’homme ne lui couvre la bouche et le nez, et ne lui enlève son short de force. « Je me suis dit, je ne sais pas ce qui va arriver, c’est une question de vie ou de mort ». Elle décrit ensuit un viol : une fellation et un rapport anal imposés à l’extérieur, puis de nouveaux rapports dans la maison abandonnée. « À tout moment, il avait maîtrise à 100% sur mon corps. Je me suis sentie prisonnière. Je me suis dit que je pourrais me débattre m’échapper (…). Mais j’avais l’impression que ce n’était pas la meilleure solution pour sortir vivante. Sa main gardait mon avant bras et il barrait l’entrée », poursuit-elle.
Une fois dehors, elle se dit que le pire est passé et accepte de remonter sur le scooter pour quitter les lieux. Il la dépose à l’endroit où il l’a récupérée. Elle photographie la plaque d’immatriculation avant de donner l’alerte et de se rendre à la gendarmerie. Le suspect est interpelé un peu plus de deux heures après la plainte.
Le « doute » du consentement
En garde à vue, l’accusé reconnaît des rapports sexuels, mais assure qu’ils étaient consentis. Son récit coïncide avec celui de la plaignante jusqu’à l’arrêt sur la servitude. Il explique qu’il revenait d’une pizzeria lorsqu’il l’a croisée. Puis, dit avoir été « troublé » par la façon dont elle lui tenait les hanches sur le scooter.
Il affirme lui avoir demandé à trois reprises si elle souhaitait un rapport sexuel. D’abord, il comprend un refus. Puis, selon lui, elle change d’attitude. Arrivés à la maison abandonnée, il soutient que c’est elle qui aurait retiré son short, qu’elle paraissait consentante et qu’elle aurait pu fuir. « Je pensais, tout en ayant un doute, qu’elle voulait faire du sexe », déclare-t-il au juge d’instruction. À la barre, il maintient sa version et ne reconnaît pas les faits tels qu’elle les a décrits aux enquêteurs.
À l’issue de l’instruction, le ministère public avait requis un non-lieu à poursuivre, estimant que la question du consentement se heurtait notamment à la barrière linguistique et que la plaignante aurait pu partir. Le juge d’instruction avait finalement décidé de le renvoyer devant la cour d’assises.
Portrait d’un accusé contesté
L’accusé, détenu depuis le 11 février 2025, d’abord à Nuutania, puis au centre pénitentiaire de Tatutu, est père d’un garçon de 10 ans. Son père, appelé à témoigner, décrit un fils « gentil », qui « ne parle pas beaucoup » et « ne cherche pas le conflit ». « Je suis triste. Je ne sais pas quoi dire », confie-t-il. Il affirme ne pas avoir abordé le sujet en profondeur avec lui, mais ne le croit pas capable d’actes qu’il juge par ailleurs « inadmissibles ».
Sa compagne actuelle, en couple avec lui depuis deux ans, assure : « Son passé c’est son passé. Je ne suis pas là pour le juger. Je serai là jusqu’au bout ». Pour elle, celui qui aurait commis les faits serait « un autre homme ». Celui qu’elle connaît est « doux », « gentil » et « un bon papa ».
La mère de son fils, justement, livre un témoignage plus à charge. « On n’a pas eu une vie facile. Il y a eu des disputes », explique-t-elle. Elle évoque des jalousies réciproques et des rapports sexuels parfois imposés. Elle affirme qu’il lui est arrivé de lui enlever son short de manière forcée, même lorsqu’elle n’en avait pas envie. Il aurait, pense-t-elle, fait des avances sexuelles à sa sœur – l’homme reconnaît avoir été infidèle, ce qui a précipité la fin de leur relation.
À propos des faits jugés, elle s’interroge : « Je ne comprends pas. Que s’est-il mis en tête pour la prendre sur un scooter, et lui faire ce genre de trucs? ».
« Je suis loin de retrouver la paix d’esprit »
Pour la plaignante, les suites ont été lourdes. Après les faits, elle passe un mois à Tahiti, entre l’hôpital, les enquêteurs et un psychologue. « Il y a beaucoup de choses que j’aurais aimé faire différement. Mais ce que je peux dire, c’est que c’est impossible qu’il ait pu penser que j’étais consentante », lance-t-elle.
« Les conséquences sont lourdes (…). Je n’ai pas encore trouvé de soutien pour m’aider à tourner la page. Je suis encore loin de retrouver la paix d’esprit », ajoute-t-elle.
Demain, la cour entendra d’abord les experts en charge du dossier, avant la plaidoirie de la partie civile, les réquisitions de l’avocat général et la plaidoirie de la défense. La cour devrait rendre son verdict en fin de journée.



