« J’ai eu l’impression de revivre la même audience » . Les propos de l’avocat général lors de ses réquisitions ce vendredi, au troisième jour du procès en appel du septuagénaire jugé pour atteinte sexuelles et viols incestueux, laissaient entrevoir l’issue des débats, marqués par le déni constant de l’accusé.
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Me Bambridge ouvre les débats pour les parties civiles. Représente Betty* – la petite-fille de l’accusé, Yves* -, elle rappelle que sa cliente n’a jamais varié dans ses déclarations, depuis les premières révélations jusqu’à l’instruction. « Sa famille est intimement persuadée qu’il ne s’est rien passé. Vous imaginez l’impact pour ces jeunes filles, qui ont dénoncé les faits (…), ont été auditionnées par les gendarmes, par les experts, par le juge d’instruction, ont été confrontées à leurs agresseurs (…)? Quatre ans après, elle vient vous dire la même chose », plaide-t-elle.
Pour l’avocate, Yves et une partie de ses proches refusent d’affronter la réalité. « Betty est victime de son grand père. Vous devez le reconnaître », insiste-t-elle face aux jurés. L’avocate évoque un huis clos familial, un climat d’autorité et de silence qui aurait permis les atteintes sexuelles répétées, alors qu’elle n’avait que 7 ans.
« Elle se souvient encore de la douleur »
Me Bregman prend ensuite la parole pour Mateata*, « belle-fille » faamu d’Yves, qui aurait elle aussi été violée alors qu’elle n’avait que 7 ans, en 2005. Elle insiste sur les répercussions des faits présumés, bien qu’anciens, sur sa vie d’adulte.« Mateata se souvient d’une dizaine de faits. Elle se souvient encore de la douleur, encore aujourd’hui », affirme-t-elle.
Me Da Silveira plaide pour Amélie*, la fille d’Yves. « (Yves) est un prédateur. Chaque fois, il a le même mode opératoire », lance-t-elle. La répétition des atteintes et la multiplicité des victimes pointent selon elle un dysfonctionnement plus large de la famille : « C’est un dossier où on a de l’inceste dans toute la famille », lance-t-elle.
« (Amélie) a un énorme travail à faire. Elle n’a plus confiance en personne, elle n’a pas de sexualité épanouie ». Sa reconstruction sera « longue, et compliquée », ajoute l’avocate.
Pour les conseils des parties civiles, les similitudes dans les récits, la constance des déclarations et les expertises psychologiques convergent vers une même conclusion : Yves aurait instauré, au fil des années, un système d’emprise et de domination sexuelle.
« Il y avait toujours un billet après les actes »
L’avocat général, Michel Mazars, revient sur un élément qui, selon lui, illustre la perversité de l’accusé. « Il a acheté le silence des siens. L’achat du silence passe par l’échange d’argent entre lui et les victimes agressées. Il y avait toujours un billet après les actes commis sur Betty*. Il vous sert le fait que toutes ses victimes sont des prostituées, mais c’est parce qu’il les a mis dans cette position. Vous croyez vraiment qu’à 7 ans, l’on se livre (…)? », enchaîne-t-il.
Pour le magistrat, le discours d’Yves au cours des débats ravive l’impression laissée lors du premier procès. Ses réquisitions sont identiques à celles prononcées en première instance : 18 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers, ainsi que sept ans de suivi socio-judiciaire, avec trois années d’emprisonnement supplémentaires en cas de non-respect.
« Une peine d’éradication »
La défense, assurée par Me Jourdainne, s’attache d’abord à l’âge de l’accusé. « C’est un homme de 70 ans qu’on vous demande de condamner très lourdement. La peine d’aujourd’hui, c’est une peine d’éradication, de mise à mort. Il ne sortira plus de prison avant la fin de ses jours » , défend-il.
L’avocat critique également la gestion « chaotique » de l’enquête menée par le parquet. « Après la plainte, pour viol, on a attendu 4 mois avant d’entendre Yves », souligne-t-il, estimant que cela traduirait, à l’époque, une appréciation moins alarmante des faits.
Le conseil dit par ailleurs trouver « étonnant » que les jeunes filles, une fois adolescentes, n’aient pas manifesté davantage de « résistance » face à Yves. Enfin, il met en cause le contexte familial. « On a une famille aux mœurs débridées (…). Quand on offre en cadeau de noël (à Yves) un godemiché, au vu d’Amélie… », soupire-t-il.
Après en avoir délibéré, la cour a condamné le septuagénaire à 18 ans de prison, comme en première instance.



