Elle aurait pu devenir notaire, un dessein familial. C’était même son projet initial. Après le lycée La Mennais à Tahiti, Hiti part en France pour suivre des études de droit, d’abord à Toulouse, puis à Perpignan. Un parcours académique classique, sérieux, balisé. Mais derrière les bancs de l’université, une autre idée germe depuis son enfance : celle de créer un jour sa propre ferme.
« On a toujours voulu avoir une ferme avec mon compagnon. Une ferme en permaculture, avec des potagers, des poules, des chèvres, des moutons… », raconte-t-elle. Une envie qui ne sort pas de nulle part. Petite, Hiti a vécu quelques années en France sur un terrain familial de 3 hectares, entourée d’animaux, de vergers et de potagers, avant de revenir vivre sur son île natale. « Avec mon grand-père, je faisais beaucoup de jardin. On avait des chevaux, des oies, des canards… On avait de grands cerisiers, des pêchers, des poiriers, des pommiers… Ça m’est resté. »
En France, le couple tente d’esquisser le projet, mais se heurte rapidement à la réalité : contraintes administratives, coûts élevés, manque de soutien : « C’était trop compliqué. Et on était jeunes, donc pas vraiment pris au sérieux ».



Puis une opportunité change tout. La famille de Hiti possède un terrain au Paraguay, acheté des années plus tôt par son grand-père. En 2024, elle s’y rend une première fois, presque par curiosité. Le coup de cœur est immédiat : « Je pensais que ce serait très rudimentaire, mais en fait c’est aussi développé qu’en France. Et surtout, il y a une vraie liberté, et tout est plus facile. En une semaine, ma société était créée, et en 4 mois, j’avais tous mes papiers. (…) Ce que j’aime ici, ce sont les gens, la culture, les paysages… En fait, ici, dès que tu as besoin de quelque chose, les gens vont t’aider. Ils sont très aimables, très agréables, ils sont dans l’accompagnement. Cela me rappelle un peu Tahiti de l’époque, de mon enfance ». Et la langue, le guarani, n’est pas une barrière : « Au contraire, les gens vont essayer de comprendre et tout, ils vont faire des efforts ».
Depuis novembre 2025, Hiti s’est installée définitivement dans la région de Misiones, sur un terrain de plus de 20 hectares qui comprend une bâtisse dans laquelle elle réside. Avec son compagnon, elle a commencé par exploiter une petite partie du domaine, environ 2,5 hectares. Pour les aider, ils ont même embauché un Paraguayen.
Au programme : poules pondeuses, maïs, manioc, patates douces, tomates, courgettes… « On apprend beaucoup sur le tas, avec YouTube, TikTok, mais également grâce à ce que m’ont transmis mes parents et mes grands-parents ».




Mais Hiti ne se définit pas uniquement comme agricultrice. Depuis toujours, elle revendique une vraie âme d’entrepreneure. À Tahiti, elle gérait déjà plusieurs activités, notamment des manèges de fêtes foraines. Aujourd’hui, au Paraguay, elle a ouvert une pizzeria, un projet qui lui permet de générer des revenus supplémentaires tout en justifiant son installation durable dans le pays. « J’ai toujours aimé entreprendre, lancer des choses, imaginer des projets. Je suis un peu polyvalente », sourit-elle. Loin du salariat classique, elle préfère multiplier les initiatives, quitte à jongler entre plusieurs univers : agriculture, restauration, divertissement… Prochain projet : vendre des glaces hawaiiennes.
Son quotidien, elle a choisi de le partager. Depuis quelques mois, Hiti documente sa nouvelle vie à travers des vlogs sur Facebook et TikTok, où elle montre les coulisses de la ferme, les galères avec les animaux, les plantations, les travaux, ainsi que les joies du quotidien. Une manière de garder le lien avec sa famille, mais aussi d’inspirer. Aujourd’hui, Hiti ne cache pas son envie de faire passer un message, notamment aux jeunes Polynésiens : « À Tahiti, beaucoup n’osent pas entreprendre, ou partir à l’étranger. Ils ont peur. Mais c’est possible. Il faut juste oser sortir de sa zone de confort ».





Loin des bureaux et des dossiers juridiques, Hiti passe désormais ses journées dehors, à s’occuper des animaux et de la terre : « Ce que j’aime le plus, c’est consommer mes propres légumes. Voir tout ce que ça donne, la quantité, et se dire que c’est toi qui as tout fait pousser ».
Tout n’est pas simple pour autant. Les maladies animales, les pertes, les erreurs de culture font partie du quotidien : « Quand tu vois un animal malade et que tu ne comprends pas pourquoi, c’est dur ». Mais rien qui ne suffise à entamer sa motivation : « Pour l’instant, ça ne m’a jamais découragée ».
Si elle prévoit encore quelques allers-retours à Tahiti pour ses activités professionnelles, Hiti se projette clairement ailleurs : « Mon projet, c’est de rester vivre ici, de développer la ferme, d’agrandir. Tahiti, à part ma famille et le poisson cru, ça ne me manque pas tant que ça ! Ici, tout est plus simple, moins cher, plus accessible ».
Un changement de vie radical, assumé, pour celle qui préfère les bottes de jardin aux robes de notaire, et qui transforme chaque nouveau départ en projet d’entreprise.



