Pour beaucoup, une décennie passée dans la capitale française rime avec installation et stabilité. Pour Manuia, ce cap a marqué le début d’un bilan nécessaire. Originaire de Tahiti, elle avait déjà un parcours académique et professionnel solide, ayant travaillé six ans dans le secteur des cosmétiques à Paris après un master. Mais à l’approche de la trentaine, le désir d’ailleurs s’est fait impérieux.
« En fait, quand j’ai eu 30 ans, j’ai fait le bilan. J’ai dit, bon, alors Paris, t’en as marre ? Ça fait 10 ans que tu y es. Tahiti, t’as pas envie de rentrer maintenant ? Bon, ben, pars en voyage. La concrétisation d’une envie profonde : J’avais envie d’apprendre le Kung Fu à la source, c’est un truc que j’avais toujours envie de faire depuis que j’étais petite », résume-t-elle. Après deux ans de préparation pour organiser son départ, économiser et lâcher son travail, elle s’envole finalement à 32 ans pour la Chine.
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Son choix se porte sur Wudang, une région montagneuse célèbre pour être le berceau du Tai Chi. Loin des clichés cinématographiques de temples luxueux et de discipline militaire, elle découvre une réalité plus brute : une école située dans une réserve protégée, aux murs défraîchis et au sol cassé, où l’on s’entraîne « partout où il y a de la place », y compris sur la route ou sur des terrains vagues.
L’intégration n’est pas immédiate. Manuia ne parle pas mandarin et doit naviguer entre les traducteurs numériques et l’isolement relatif, étant souvent la seule étrangère parmi des centaines d’élèves chinois. Pourtant, son passé de sportive et sa familiarité avec la culture asiatique l’aident à s’adapter au rythme éprouvant de l’institution.




L’exigence du Tao : entre douleur physique et quête de l’or
Le quotidien à l’école de Wudang est dicté par un emploi du temps rigoureux. Les journées commencent à 6h du matin par la course en montagne et les bases fondamentales (lignes de coups de pied, sauts pour l’explosivité), et se terminent souvent après 19h. Pour Manuia, ce rythme a mis son corps à rude épreuve.
« C’est surtout quand le corps, il a 30 ans, en vrai, mine de rien, on le sent passer. Au bout de 5 jours d’entraînement tous les jours, le corps tire, les chevilles sont fatiguées, enflées. […] Mes genoux, ils n’en pouvaient plus », se remémore-t-elle. Malgré la douleur et les doutes, notamment lors de son second séjour en 2025 marqué par un froid polaire et des températures descendant à 4 degrés, la Polynésienne persévère. Son objectif est clair : transformer la médaille d’argent obtenue lors d’une première compétition en 2024 en médaille d’or, lors du 8è Wudang Tai Chi International Friendship Competition
La compétition de Kung Fu, loin d’être un simple duel, est une épreuve de précision technique. Les pratiquants sont notés sur leur score et leur classement, sans toutefois concourir directement contre les nationaux chinois. Pour Manuia, le stress était double : gérer l’espace sur un tapis partagé avec d’autres concurrents et surmonter la peur du trou de mémoire.
C’est finalement avec l’éventail, « arme » qu’elle a présentée pour la première fois en 2025, qu’elle atteint son but, malgré un oubli momentané de sa chorégraphie en plein passage. « J’ai oublié mon Tao (…). j’ai refait deux fois la partie dont je me souvenais. […] Mon corps a continué à bouger, à refaire des mouvements pour trouver la suite et mon cerveau était en train de dire, mais qu’est-ce que tu peux faire ? », rit-elle. Elle finit par obtenir l’or, en catégorie Women’s Group C Xiaoyao Fan.




Une capacité de réaction qu’elle attribue à ses expériences passées sur scène, que ce soit lors de l’élection de Miss Dragon ou de ses participations au Heiva avec la troupe de Hitireva. Aujourd’hui, alors qu’elle termine son tour d’Asie, Manuia envisage un retour à Tahiti pour 2026. Si elle n’a pas pour ambition d’ouvrir sa propre école, elle compte bien continuer à pratiquer au sein de l’association locale Wen Wu Tahiti.



