Au cours de la dernière saison des baleines, l’association Oceania a déployé trois caméras fixes autour des passes de Moorea et de Papeete. Fonctionnant quotidiennement de 5 heures à 19 heures, le dispositif a permis de capter près de 3,6 millions de clichés, destinés à entraîner une intelligence artificielle capable d’identifier automatiquement la présence de cétacés.
Ces images, issues de différents points de vue, sont actuellement analysées en partenariat avec Sensea France. Un travail minutieux, réalisé en grande partie manuellement à ce stade. « Parfois, elles (les baleines, Ndlr) sont à la fin, donc on regarde 3 000 images et en fait, elles sont sur les dernières. Parfois, elles sont au début, parfois, c’est un peu éparpillé, parfois, il n’y en a pas, parfois, il y en a plein. On a toute l’image à regarder et la baleine est souvent très petite sur l’image, donc c’est assez difficile de spotter un souffle ou un corps, donc il faut être concentré » explique Morgane, volontaire en service civique chez Oceania.
Cette phase préparatoire est essentielle : elle permet de constituer une base de données suffisamment riche et variée pour entraîner l’algorithme. À terme, l’intelligence artificielle devra être capable de détecter automatiquement les baleines et d’alerter les acteurs maritimes en temps réel. « L’objectif c’est de détecter la baleine et ensuite d’envoyer un message automatique au capitaine de ferry, au bateau et à la vigie du port autonome pour prévenir des collisions » indique Anaïs Pierre, responsable du projet.
En parallèle du dispositif visuel, l’association a également renforcé l’observation humaine. Un observateur embarqué a été mobilisé sur 571 traversées entre Vaiare et Papeete durant la saison. Ces missions ont permis de recenser 494 manœuvres d’évitement, classées selon un code couleur. « Code rouge, c’est quand l’animal est à moins de 100 m du bateau, code jaune, c’est quand l’animal est à entre 100 et 200 m du bateau, et ensuite le code vert, c’est entre 200 et plus de 3 000 m. Alors, bien sûr, nous on se concentre sur les codes rouges où là, on a vraiment un risque imminent de collision. Et cette année, on en a eu 82 » précise Manola Bejarano, cheffe de projet Ocean IA.
Le traitement et l’analyse des données se poursuivront jusqu’au mois de mars. Une phase de test du système automatisé est ensuite prévue, avec l’ambition de rendre le dispositif pleinement opérationnel dès le début de la prochaine saison des baleines. Un outil innovant, à la croisée de la technologie et de la protection du vivant, pour mieux cohabiter avec ces géants des mers.



