Nouvelle-Calédonie : le gouvernement mise sur un accord sans le FLNKS malgré les blocages

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Emmanuel Macron réunit vendredi à Paris les forces politiques calédoniennes dans l'espoir de débloquer l'accord de Bougival sur l'avenir institutionnel de l'archipel, six mois après sa signature et alors que le principal mouvement indépendantiste boycotte la rencontre.

L’accord signé le 12 juillet 2025, qui prévoit notamment la création d’un Etat de la Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution, piétine depuis que le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) l’a rejeté en août.

Mardi, le mouvement indépendantiste a confirmé qu’il ne se rendrait pas à Paris pour cette nouvelle rencontre voulue par l’Elysée. « Le gouvernement essaie de nous enfermer dans Bougival, nous et l’ensemble des acteurs calédoniens. Nous ne pouvons pas le cautionner », a affirmé son président Christian Tein à Nouméa.

 

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Le mouvement a proposé d’assister en visioconférence, mais l’Elysée n’a pas tranché et se veut néanmoins optimiste sur l’issue de la rencontre.

« Même en l’absence constatée du FLNKS, cela vaut la peine de continuer à avancer » face à « la forte attente de la population calédonienne » et pour « redonner des perspectives » après les violences du printemps 2024, qui ont fait 14 morts et rendu l’économie de l’archipel exsangue, a expliqué mercredi l’entourage du président.

« Sans passage en force » mais « sans paralysie non plus« .

Marathon de négociations

Annoncée en décembre par un courrier d’Emmanuel Macron aux élus calédoniens, la rencontre doit permettre un « nouveau temps d’échange » et « ouvrir de nouvelles perspectives politiques ».

Concrètement, les délégations seront accueillies vendredi midi au ministère des Outre-mer, avant un discours d’ouverture d’Emmanuel Macron à l’Elysée dans l’après-midi.

Les discussions se poursuivront tout le week-end, avec l’objectif d’arriver lundi à un « document qui viendrait apporter les explications et éclaircissements » attendus par les signataires de Bougival, a affirmé un conseiller présidentiel.

Plusieurs ateliers thématiques sont prévus : l’identité kanak, l’association des autorités calédoniennes à l’exercice des compétences régaliennes, l’exercice du droit à l’autodétermination ou encore le « pacte de refondation économique » du territoire.

Agacés par les « renoncements » de l’exécutif, les non-indépendantistes, qui regrettent l’abandon de la consultation citoyenne anticipée proposée par Naïma Moutchou en novembre, arrivent à Paris avec une certaine défiance.

« On peut clarifier ce qui n’est pas assez clair, mais on ne renégociera pas un nouvel accord », a prévenu sur Facebook Sonia Backès, la cheffe de file des Loyalistes.

« On est dans la mise en œuvre de l’accord, pas dans sa renégociation », estime une source loyaliste, pour qui il s’agit d' »éclairer les silences » de Bougival « tant que ça ne remet pas en question les équilibres » du texte.

Calendrier sous tension

L’absence du FLNKS n’est pas vue comme un blocage. « Nous n’accepterons pas que, par l’absence de certains, les Calédoniens soient pris en otage. Personne n’a de droit de véto », a martelé mercredi la ministre des Outre-mer lors des questions au gouvernement.

Et l’exécutif se dit optimiste sur « la possibilité de faire émerger un accord » avec les cinq autres groupes du Congrès, soit « environ 75% » des élus.

Les indépendantistes de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) ont fait le déplacement mais entendent obtenir des modifications du texte, notamment sur le transfert des compétences régaliennes.

Si un accord émerge, son contenu pourrait être introduit par amendements dans le projet de révision constitutionnelle actuellement en suspens au Parlement. L’idée serait de repousser une fois de plus, jusqu’en septembre, les élections provinciales qui doivent se tenir au plus tard en juin, a expliqué l’Elysée.

Mais le pari reste risqué. Le gouvernement n’a en l’état pas de majorité pour faire voter la réforme constitutionnelle nécessaire à la mise en œuvre de Bougival, qui exige les trois cinquièmes des suffrages au Parlement réuni en Congrès.

« Ces travaux ne régleront ni le problème local lié au boycott du FLNKS, ni le problème national lié à la nécessité de rassembler » cette majorité, a relevé le parti Calédonie ensemble.

Derrière ces blocages, la question du corps électoral crispe à l’approche des élections provinciales, initialement prévues en 2024 puis reportées à plusieurs reprises. L’accord de Bougival devait aboutir à son ouverture pour les personnes résidant en Nouvelle-Calédonie depuis au moins quinze ans.

Pour les loyalistes, hors de question d’organiser des élections avec un corps électoral gelé. Un « non-accord » favoriserait davantage le FLNKS qu’un « compromis synonyme d’ouverture du corps électoral », estime le député non-indépendantiste Nicolas Metzdorf.

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