TNTV : Les patrons disent ressentir une hausse des abus concernant les arrêts maladie, surtout à courte durée. Quel est votre ressenti sur le terrain en tant que représentante d’une organisation salariale ?
Avaiki Teuiau : « Permettez-moi d’abord de présenter mes meilleurs vœux aux téléspectateurs de TNTV. Une bonne santé, puisqu’on dit qu’après la santé, tout arrive. Pour répondre à votre question sur les arrêts de travail de courte durée, je ne peux pas rejeter ce que vient de dire M. Plée par rapport à certains salariés qui sont toujours les mêmes et toujours aux mêmes périodes qui présentent des arrêts de travail. C’est un fait, c’est factuel. Mais à côté de ça, je rejoins également ce que vient de dire le taote. Il faut se poser les bonnes questions. Oui, il y a certainement un abus, mais pourquoi ? Est-ce que ce n’est pas lié au management ? Est-ce que ce n’est pas lié à un mal-être au sein de la structure ? En tant que responsable d’une entreprise, ce sont ces questions qu’il faut se poser avant de demander à la CPS, aux autorités du Pays, aux organisations syndicales de se mettre autour d’une table pour pouvoir fliquer l’ensemble des travailleurs polynésiens ».
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TNTV : Comprenez-vous néanmoins l’agacement de certains employeurs qui parlent d’arrêts maladie de complaisance ?
Avaiki Teuiau : « Bien sûr que je comprends. Moi-même, par rapport à mes adhérents, j’ai certains salariés qui me disent : ‘Avaiki, ça suffit parce que ce sont toujours les mêmes salariés’. Et donc, à côté de ça, ce sont ceux qui restent au sein de la structure qui récupèrent la charge de travail de ceux qui sont absents. Eh bien oui, là, il y a un problème. Mais avant de lancer la pierre au prescripteur, à la CPS, qui manque d’effectifs, l’employeur, il faut qu’il se pose les bonnes questions. Qu’est-ce qui ne va pas dans mon entreprise qui fait que le salarié ait ce comportement ? ».
TNTV : Il y a un sentiment de malaise au sein des entreprises, selon vous ?
Avaiki Teuiau : « Ça pourrait s’expliquer par un mal-être au niveau de l’entreprise. Et ce n’est pas valable que dans le secteur privé parce que même dans le secteur public, la question peut se poser. Preuve en est, je crois que c’était l’année dernière, le Pays a organisé un séminaire sur le bien-être au travail ».
TNTV : Certains patrons pointent surtout un manque de contrôle, notamment sur les arrêts à répétition. Est-ce que vous êtes du même avis ?
Avaiki Teuiau : « On ne peut pas mettre des gendarmes derrière chaque salarié. Ce n’est pas possible. Le dispositif qui est en place en Nouvelle-Calédonie est une réponse, mais je ne pense pas qu’elle soit adaptée à la Polynésie. En Nouvelle-Calédonie, l’état d’esprit d’un travailleur kanak n’est pas celui d’un travailleur polynésien ».
TNTV : On vient de la voir, en Nouvelle-Calédonie, les employeurs font appel à des sociétés privées de contre-visites médicales. Il enregistre environ 42 % d’arrêts injustifiés. Pour vous, ce n’est pas faisable ici en Polynésie de la même façon. Mais si jamais on était amené à le faire, qui devrait prendre en charge les coûts ? Les employeurs ou plutôt la CPS ?
Avaiki Teuiau : « Aujourd’hui, c’est la CPS. Demain, s’il fallait se calquer sur le dispositif tel qu’en Nouvelle-Calédonie, ce serait les employeurs. Mais pour avoir discuté avec certains d’entre eux, je peux comprendre leur position. Il n’est pas question qu’ils prennent en charge ce dispositif et notamment qu’ils rémunèrent un tel prestataire. Moi, je dis que la CPS, si elle devait garder ce volet, ou si elle devait sous-traiter avec une entreprise telle que celle qui est en Nouvelle-Calédonie, pourquoi pas ? Mais est-ce que nous, en tant que ressortissants de la CPS, on verrait la baisse de nos cotisations ? Parce que c’est une dépense, c’est un coût pour la CPS. Donc si la CPS devait déléguer ça à une entreprise qui ferait payer les employeurs pour ce genre de prestations, nous, en tant que ressortissants, est-ce qu’on bénéficierait d’une baisse de nos charges sociales ? Je ne suis pas certaine ».
TNTV : Comment se présente le climat social pour vous en 2026 ?
Avaiki Teuiau : « Pour nous, c’est simple. Le Pays vient de déposer un projet de loi de Pays sur la révision des modalités de calcul du SMIG. Je dis ce soir que A Tia I Mua s’opposera à cette révision parce qu’elle n’est pas en faveur des salariés, quoi que le gouvernement en dise. Pour nous, dès lors qu’on décroche le wagon indice des prix à la consommation pour le remplacer par l’indice de l’ouvrier, c’est un fait, mais ça ne va pas en faveur des salariés. Je suis désolée ».



